Plaisance en Patagonie

De Puerto Natales à Puerto Montt, navigation dans les canaux de Patagonie, suite.

31 août. Caleta Punta Lynch. Chut ! Nous nous échappons de notre enclot : une pression de la gaffe pour faire couler la ligne des pêcheurs, passer par dessus quilles puis safrans et nous voilà libres ! Les 21 milles restant du canal Costa sont avalés au portant les voiles en ciseaux. Dans le coude au Nord-Est du canal, le vent tombe et nous terminons au moteur jusqu’à l’estero Sangra. Ce dernier marque le début du seno Aysén qui dans une large courbe, tourne pour porter au Sud-Est jusqu’à Puerto Chacabuco. Le mouillage situé 2 milles dans les profondeurs de l’estero est un havre de paix. Un ruisseau s’y déverse et nous permet de faire l’appoint en eau.

Le lendemain, nous profitons de la pétole et du soleil pour rejoindre las islas Cinco Hermanos (d’après les cartes générales) ou Hermanas (d’après les cartes de détail), un archipel d’îles désertes, bourgeonnant esseulées dans la courbe du seno Aysén. Ce créneau de beau temps vient à point car le mouillage est ouvert au Nord. Nous explorons l’archipel en annexe.

Un isthme mène à une plage sertie dans une caleta colonisée par la jungle, dans l’axe de sa fenêtre d’accès, le cerro Maca (2916m) trône dans son habit de lumière, la neige qui le recouvre réfléchit les rayons solaires. Nous jouissons, dénudés, incrédules, de la chaleur et de l’endroit ; puis la marée montante et l’astre qui fuit derrière l’arborée nous chassent du paradis et nous ramènent à la réalité. La nuit s’égrène comme dans un songe.

Au matin, nous gagnons le fond de la courbe du seno Aysén, là où des sources d’eau chaude s’épanchent dans la mer. Nous prenons une des nombreuses bouées, vestiges d’une ancienne salmonera, puis affrétons l’annexe. Cap est mis sur les émissions de vapeur que semble transpirer la mer. La main qui traine dans l’eau fait office de thermomètre, pas de doute, l’eau se réchauffe ! Sur place, nous constatons que malheureusement, les eaux froides jouxtent les eaux brulantes sans se mélanger, difficile dans ces conditions de profiter du bain récupérateur tant désiré. Nous décidons alors de convertir l’annexe en baignoire flottante improvisée, le seau nous permet de charger l’embarcation à ras bord puis de maintenir la température souhaitée par un nouvel apport toute les 20 minutes !

Grâce au vent nul, l’esquif dérive à peine. Après toutes les difficultés traversées, les corps en quinconces se relâchent. Nous sommes seuls au monde, au loin des bateaux croisent le seno. Peu à peu, notre peau prend l’apparence de celle d’un nouveau né, signe qu’il est temps de rentrer au bateau.

En face, toute proche, la caleta Gato nous tend les bras. Un point d’eau aménagé d’un tuyau permet de faire le plein d’eau douce. Nous partons en excursion, mais la végétation très dense nous fait rebrousser chemin, nous tentons une percée en remontant un ruisseau les pieds dans l’eau (en bottes), mais là aussi la végétation obstrue le passage. Dans un méandre, un poisson se cache sous le surplomb de la rive, un peu plus loin la profondeur est presque nulle, il nous vient l’idée saugrenue que peut être nous pourrions le pêcher.

Stratégiquement placé en aval, nous claquons des pieds dans l’eau, le poisson effrayé, fuit et s’échoue en amont ! J’essaie de le saisir à pleine main mais il m’échappe. S’ensuit un moment de flottement où les 2 parties luttent. Finalement, je pense à l’empoigner par les ouïes ce qui me permet de maitriser ses convulsions. Nous pouvons admirer la bête : il s’agit d’un saumon de 45cm, à priori échappé d’une salmonera car nous constaterons plus tard que sa chaire est rose, teinte donnée par un adjuvant à son alimentation. Nous rentrons au bateau, fiers comme des Yahgans (anciens Indiens de la Terre de Feu), pour le cuisiner et le déguster. Nous passerons 2 jours dans cette caleta à attendre un vent favorable pour remonter à la voile le seno Aysén jusqu’à l’Ensenada Baja de Puerto Chacabuco.

5 septembre. 19 milles sous voiles au portant nous mènent à l’entrée de l’Ensenada Baja.

Là, la faible profondeur incite à la prudence et nous suivons scrupuleusement les waypoints au moteur pour gagner la zone plus profonde du mouillage. Nous passons avec parfois moins d’1 mètre sous les quilles. Nous mouillons dans 5m d’un fond d’excellente tenue. Au total, 22 milles à presque 6 noeuds de moyenne ! Nous sommes à Puerto Chacabuco. La ville d’Aysén, plus importante, est à 15 minutes en bus. Nous devons effectuer ici un avitaillement complet, faire remplir nos bouteilles de gaz françaises et renouveler nos visas pour 90 jours supplémentaires en passant, pour la seconde fois, la frontière argentine.

L’Ensenada Baja, c’est une baie presque fermée, coincé entre le relief montagneux du continent et une péninsule en forme de L, trop grande pour offrir une protection au vent qu’elle tunnelise. Heureusement le fond est bon. Nous serons sans cesse ballotés dans ce mouillage, décrivant inlassablement le même arc de cercle de 20 mètres.

Une dépression nous fera même reculer de 8 mètres : nous y subirons des rafales à plus de 50 noeuds et jusqu’à 61 en pointe ! Le classement des pires mouillages devient : toujours en premier, le fjord Pasqui et ses 70 Nds, vient ensuite la caleta Maris Stella avec 63 Nds, puis l’Ensenada Baja de Puerto Chacabuco et enfin Puerto Consuelo avec 57 Nds ! Avantage, le vent chasse les nuages et le panneau solaire prend le relais du générateur pour la consommation courante et la charge des batteries.

A Aysén, le sport national qui consiste à balader le touriste en quête de quelque chose – où faire remplir nos bouteilles de gaz françaises dans notre cas – est très prisé !

Puerto Aysén

Puerto Aysén

Nous épuiserons en vain toutes les ressources locales, arpentant en tout sens Aysén mais aussi Coihaique à 1 heure de bus, « harcelant » les Lipigas et autres Abastible. Si c’était possible avant, ce n’est plus le cas maintenant, ainsi va le monde : un désintérêt croissant pour les minorités au profit des gains substantiels que les masses procurent, rajoutez le principe de précaution et la messe est dite. Nous ne pourrons pas recharger ici nos bouteilles de gaz françaises R907, comme cela a été possible à Ushuaia ou à Puerto Natales. Mais aussi à Buenos Aires, à Piriápolis en Uruguay, à Paraty au Brésil, à Las Palmas aux Canaries, autant de lieux où la présence de marinas et le passage régulier de voilier en circumnavigation encourage la simple bonne volonté ou plus prosaïquement permettent la rencontre de l’offre et de la demande comme on dit benoîtement. Bref, il nous reste une R907 de 3Kg pleine et une R904 de 2Kg entamée, l’achat de cartouches de camping de 450gr, presque 8 fois plus chères, permettront de faire la soudure jusqu’à Castro ou Puerto Montt. En tout cas, pas question de modifier mon installation de gaz pour l’adapter à une bouteille locale, cela grèverait encore le devis de poids et nous encombrerait de trop vu la taille du bateau. Reste la solution de faire le transfert soi-même depuis une bouteille locale mais il me manque l’écrou cranté filetage à gauche du standard français pour pouvoir fabriquer le tuyau de transfert…

1 semaine s’écoule et un jour Sposmoker rejoint L’Envol au mouillage de l’Ensenada Baja. Nous avons des voisins !

PS Mam’ et Odile : la seconde lettre de Mam’ a pu être téléchargée car nous sommes à Puerto Puyuhuapi ! Nous allons la lire au bateau, remercies Mam’ de notre part.

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Publié le 02/10 de Puerto Puyuhuapi, GPS 44 19.65 S 72 33.41 W.

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