A l’école des Tuamotu

Iles Tuamotu, Polynésie française
du 8/10 au 13/12/2016 plus de 2 mois d’escale
714 Mn dont 9,8 Mn au moteur
8 atolls, 1 île, 20 mouillages
98,6% à la voile
9 passes sur 16 franchies à la voile

Tuamotu-route

Tuamotu-zoom

Les mouillages de L’Envol :

1- Motu Tahuna Maru, atoll de Raroia GPS 16 3.85 S 142 21.68 W
2- Reef Est, atoll de Raroia GPS 16 6.25 S 142 22.7 W
3- Darse du village de Ngarumaoa, atoll de Raroia GPS 16 2.48 S 142 28.36 W
4- Village de Ngarumaoa, atoll de Raroia GPS 16 2.43 S 142 28.28 W
5- Village de Pouheva, atoll de Makemo GPS 16 37.58 S 143 34.2 W
6- Reef NE, atoll de Makemo GPS 16 31.11 S 143 49.29 W
7- Angle NW, atoll de Tahanea GPS 16 47.6 S 144 58.04 W
8- Reef SW, atoll de Tahanea GPS 16 57.07 S 144 44.36 W
9- Reef SW, atoll de Tahanea GPS 16 58.16 S 144 42.47 W
10- Passe de Otao, atoll de Tahanea GPS 16 51.7 S 144 39.08 W
11- Passe de Teavatapu, atoll de Tahanea GPS 16 51.09 S 144 41.5 W
12- Tetamanu, atoll de Fakarava GPS 16 30.39 S 145 27.34 W
13- Hirifa, atoll de Fakarava GPS 16 27.07 S 145 22.01 W
14- Village de Rotoava, atoll de Fakarava GPS 16 3.84 S 145 37.15 W
15- Village de Nukumaru, atoll de Aratika GPS 15 28.87 S 145 30.27 W
16- Village de Niutahi, atoll de Apataki GPS 15 34.09 S 146 24.8 W
17- Angle NE, atoll de Apataki GPS 15 20.75 S 146 11.79 W
18- Village de Tenukupara, atoll de Ahe GPS 14 32.21 S 146 21.42 W
19- Village de Tiputa, atoll de Rangiroa GPS 14 58.03 S 147 38.15 W
20- Temao, île de Makatea GPS 15 49.72 S 148 16.77 W

Précédemment nous avons visité Hao et Amanu, deux atolls des Tuamotu du SE, cf. notre article Relâche aux Tuamotu.

Toutes nos traces GPS et waypoints d’escales dans les Tuamotu sont visibles et téléchargeables à partir de cette carte interactive. Sur un fond de cartes satellites, vous pouvez zoomer, vous déplacer et cliquer sur les traces et les escales de L’Envol pour obtenir plus d’information.

Le mouillage du village de Nukumaru sur le reef Nord de l’atoll de Aratika

Le mouillage du village de Nukumaru sur le reef Nord de l’atoll de Aratika

Nous avons aimé naviguer dans les atolls des Tuamotu car c’est une navigation exigeante, formatrice, qui concentre beaucoup de difficultés : en navigation, avec le courant dans les passes et les têtes de corail affleurantes ; au mouillage, avec les fonds de corail, la météo changeante et le fetch important. A petits pas, nous avons progressivement apprivoisé ces îles particulières que sont les atolls. L’eau qu’elles retiennent en leurs seins leurs insuffle la vie dans une longue respiration dictée par la lune et le temps.

Quand entrer dans un atoll ?

Courant sortant de la passe Est de l’atoll de Makemo, village de Pouheva

Courant sortant de la passe Est de l’atoll de Makemo, village de Pouheva

Par conditions calmes, peu de vent (< 10 Nds) et peu de houle (< 1,5 m) – les jours antérieurs y compris – le courant entrant ou sortant par la ou les passes d’un atoll est généralement compris entre 4 et 6 Nds. S’il est à contre, nous pouvons l’étaler mais il faudra passer en force et une panne de l’un des deux moteurs hors-bords serait critique dans ce moment crucial ; s’il est à faveur, nous allons perdre en manœuvrabilité et les choses vont aller très vite sans possibilité d’arrêter le film pour réfléchir.

Comme nous souhaitons entrer à la voile quand c’est possible, nous avons le plus souvent employé la méthode douce : elle consiste à se trouver devant la passe à l’étale de basse mer afin de bénéficier d’un courant faiblement entrant ou faiblement sortant en cas d’ensilage du lagon.

Qu’est-ce que le phénomène d’ensilage ?

Les côtes Sud et SW des atolls sont généralement dépourvues de motus et plus basses que les côtes Nord et Est car elles ont été érodées par les forts trains de houle envoyée par les dépressions du grand Sud.

En conséquence, par Maramu, vent frais de SE, et forte houle de Sud (> 2 m), le ressac commence à passer par-dessus la barrière corallienne submergée et à remplir le lagon, provoquant l’élévation de son niveau par rapport à celui de la mer extérieure. Le trop plein s’écoule par les passes qui s’engorgent. Ces jours là et les suivants il n’y aura pas de basse mer dans le lagon et le courant sera toujours sortant, c’est le phénomène de l’ensilage (ou ensachage).

Dans la passe à marée montante, le courant sortant sera plutôt ralenti, tandis qu’à marée descendante, il sera accéléré et pourra être supérieur à 10 Nds.

Un atoll c’est pas étanche !

Un atoll c’est pas étanche !

Le phénomène de l’ensilage est particulièrement sensible dans les grands atolls où le calibre des passes est quantité négligeable face aux kilomètres de côtes à fleur d’eau de leurs reefs SW : Hao, Makemo, Fakarava et Rangiroa sont particulièrement concernés. Tous ces atolls s’étirent sur 30 à 40 milles et possèdent deux passes pour les réguler. Hao n’en a qu’une et le courant sortant peut y dépasser les 20 Nds !

Si un gros coup de Maramu et/ou un épisode de forte houle se préparent, mieux vaut visiter ces atolls quelques jours après la fin des évènements afin de laisser le temps à l’atoll de se vider et lui permettre de retrouver sa respiration normale.

Lors de notre jonction Gambier – Hao nous avons essuyé un fort coup de Maramu (40-50 Nds de SE) accompagné de plus de 3 mètres de houle de Sud. Pour ne pas se retrouver en danger dans la passe critique de Hao, nous avons ralenti au point de passer une nuit supplémentaire en mer. En fuite sous tourmentin arisé nous étions en sous-vitesse et les déferlantes éclatées dans le cockpit ! Au moment d’entrer dans la passe, le coup de vent était déjà un lointain souvenir et le courant tout à fait gérable, cf. notre article Gros temps.

Comment déterminer l’horaire de l’étale de basse mer ?

Entrer dans l’atoll au voisinage de la marée basse c’est la garantie de rentrer avec le début du flot (flux entrant) ou de subir un courant sortant minimal.

Contrairement à toute logique, la marée est haute au lever et au coucher de la lune. Elle est basse au passage de la lune au méridien (supérieur et inférieur).

Bernard Moitessier Voile, mers lointaines, îles et lagons chez Arthaud

Il faut donc avoir à bord les éphémérides de lune. Pour notre part, l’en-tête des météotables de ZyGrib nous fournit son heure de lever et de coucher. Nous extrapolons en rajoutant (ou retranchant) 6 heures à son lever pour obtenir le passage de la lune au méridien supérieur (ou inférieur).

Pour quelques rares atolls comme Hao, Makemo (passe E), Fakarava (passe N) et Rangiroa (passe W), le SHOM publie leurs horaires des marées, il ne nous reste plus qu’à faire de laborieuses copies d’écran pour les avoir à bord et extrapoler les horaires de marée pour les atolls manquants.

L’Envol ralentit pour franchir la passe à la voile au voisinage de la BM

L’Envol ralentit pour franchir la passe à la voile au voisinage de la BM

Quel que soit la méthode employée, en partant du principe qu’il y a toujours plus d’eau à évacuer d’un atoll qu’il n’en n’est rentré par ses passes, autrement dit que le temps de courant sortant est toujours supérieur au temps de courant entrant, je rajoute 30 minutes à l’horaire de basse mer obtenu pour avoir l’étale. En cas d’ensilage modéré ou si l’atoll fait partie des quatre plus grands cités précédemment, je rajoute 30 minutes supplémentaires.

Une feuille de calcul Excel est fournie par Visions of Johanna à la rubrique « Visions Shared Docs » : le « Tuamotu Tidal Current Guestimator ». Téléchargez celui de l’année en cours, ouvrez-le, choisissez votre atoll, la date d’atterrissage prévue, estimez le niveau d’ensilage du lagon (« Wind Wave Current Factor ») et vous obtenez une sinusoïdale du courant dans la passe. La courbe ne correspond pas toujours à la réalité mais c’est une donnée intéressante à corréler aux autres.

Parfois la basse mer tombe à midi, c’est trop tard à mon goût pour nous laisser le temps de traverser l’atoll avec une bonne lumière et trouver un mouillage sûr sous le vent du reef Est. Je préfère rentrer à l’étale de pleine mer de 6:00 du matin. C’est plus délicat, car si nous sommes en retard nous aurons à affronter un fort courant sortant. Pour la même raison que précédemment, à savoir que le temps de courant sortant est toujours supérieur au temps de courant entrant, je retranche 1 heure à l’horaire de pleine mer obtenu pour avoir l’étale. En cas d’ensilage modéré ou si l’atoll fait partie des quatre plus grands cités précédemment, je retranche 1 heure supplémentaire. Je me méfie, car la lumière blafarde de l’aube naissante ne nous permettra pas d’apprécier la profondeur ni de voir distinctement les patates de corail.

Les instructions nautiques pour l’atoll de Hao illustrent bien ces calculs d’apothicaires :

To avoid a difficult passage through the reef, vessels should wait for the two periods of slack water associated with the flood current, which are short. Slacks usually occur about 4.5 hours and 2 hours before moon rise; and again 5 hours and 3 hours before moon set.

Pub.126 Sailing Directions Pacific Islands 2005

En d’autres termes, plusieurs rendez-vous avec l’étale sont proposés pour embouquer la fameuse passe Kaki :

1- Etale de BM : 1h30 après le passage de la lune au méridien inférieur
2- Etale de PM : 2h avant le lever de la lune
soit un temps de flot (courant entrant) limité à 2h30

3- Etale de BM : 1h après le passage de la lune au méridien supérieur
4- Etale de PM : 3h avant le coucher de la lune
soit un temps de flot (courant entrant) limité à 2h

Les étales de basse mer 1 et 3 sont à privilégier car leurs horaires sont plus fiables et les conséquences moins néfastes en cas d’inexactitude ou de retard. Attention, ces timings ne sont plus valables en cas d’ensilage du lagon…

Quels sont les pièges à éviter ?

Le courant entrant ou sortant par les passes de l’atoll peut créer un mascaret, c’est une ligne de mer forte avec des lames courtes, abruptes et déferlantes. Le mascaret se forme au débouché des passes dans la mer, quand le courant sort, au débouché dans le lagon quand le courant rentre. Un classique phénomène de vent contre courant va l’amplifier et lever une mer dangereuse.

Les alizés soufflant d’Est ou SE, nous abordons les passes orientées face à ces vents, typiquement Fakarava Sud ou Aratika Est, à l’étale ou par courant entrant ; les passes orientées Ouest, typiquement Raroia ou Apataki SW, à l’étale ou par courant sortant. Par vent frais de secteur E-NE, une variante dans l’alizé, le courant sortant de la passe Est de Rangiroa, la passe de Tiputa, engendre une mer très forte. Par vent frais de secteur N-NW, vents dépressionnaires, le courant sortant de la passe Nord de Fakarava et de celle de Ahe crée un mascaret qui peut les rendre impraticables.

La passe Nord de Fakarava (cartes CM93)

La passe Nord de Fakarava (cartes CM93)

Par conditions calmes, à l’étale de marée, ce phénomène de mascaret n’est pas présent. Dans le cas contraire, il faut chercher à le contourner.

Dans la passe, nous évitons la veine de courant, nous longeons le côté où l’eau clapote, parfois même un léger contre-courant peut être établi comme dans la passe SW de Apataki le long de son coté Sud. Dans la très large passe Nord de Fakarava, la passe Garue, il est commun de serrer son côté Est dans 7 mètres d’eau afin d’éviter le gros du courant sortant et le mascaret généré.

Tiens des bateaux nous montrent le chemin, merci les images satellites !

Tiens des bateaux nous montrent le chemin, merci les images satellites !

Dans la passe Ouest de Rangiroa, la passe d’Avatoru, quand le courant entre et que l’alizé souffle frais, le seuil corallien (moins de 4 m), à la sortie de la passe côté lagon, crée une zone perturbée avec un clapot court. Les bateaux locaux empruntent volontiers l’étroit chenal naturel, plus profond (6 m) et plus calme, qui longe le flanc NE du delta de corail au Sud de la passe.

Une fois dans le lagon, pour une bonne visibilité des patates de corail, nous évitons le soleil bas ou dans les yeux. Plus difficile à prévoir, la pluie qui brouille la transparence de l’eau, les grains, l’ombre projetée des nuages, sont néfastes à une navigation sans stress.

Voyage « interstellaire » dans l’atoll de Raroia

Voyage « interstellaire » dans l’atoll de Raroia

Par visibilité normale, même un peu contrariée par un nuage espiègle, les patates observées depuis le pont du bateau se détachent clairement du fond à partir de 200 à 300 mètres de distance ; à 100 mètres, elles sautent aux yeux, laissant encore tout le temps de manœuvrer. Il ne nous a jamais paru utile de monter dans la mature.

Par alizés d’Est établis, nous avons apprécié naviguer au reaching sous le vent du reef Est, une grisante sensation de glisse sur une eau plate, avec comme au cinéma, la pellicule des motus qui défilent sur fond d’Océan Pacifique. Calés sur la ligne de sonde des 5 à 10 mètres de profondeur, en limite des fonds de sable, les patates de corail se détachent nettement sur le fond blanc.

Les images satellites : une info de la profondeur et des dangers submergés

Les images satellites : une info de la profondeur et des dangers submergés

En navigation, OpenCPN et SAS Planet se partage l’écran du PC, le premier exploite ces bonnes vieilles cartes CM93, le second des images satellites mises en cache lors de nos différentes connexions à internet. Les deux affichent le bateau et sa trace grâce à l’acquisition du signal GPS. SAS Planet présente plusieurs intérêts, d’abord il permet de voir les têtes de corail à fleur d’eau et donne une info de la profondeur grâce à la couleur de l’eau. En effet, quelque soit la cartographie utilisée, sortie du chenal reliant la passe au village, il n’y a aucune information de profondeur ou de dangers submergés.

Passe NW de Apataki, attention au décalage de carte !

Passe NW de Apataki, attention au décalage de carte !

Second intérêt, s’assurer que les cartes CM93 ne sont pas décalées à cause d’un datum utilisé différent du WGS84 utilisé par le système GPS, c’est flagrant dans les passes SW et NW de Apataki qui accusent presque 400 mètres d’écart avec la réalité. Idem pour la passe de Amanu que les cartes CM93 décalent en longitude.

Comment mouiller dans un atoll ?

Dans les atolls des Tuamotu, les abris sur 360° sont exceptionnels, il faut suivre les prévisions de vent au plus près et s’y adapter. L’alizé étant généralement assez stable, le plus confortable est de mouiller sous le vent du reef Est.

Une rare protection à 360°, la caye du village de Tenukupara, Ahe

Une rare protection à 360°, la caye du village de Tenukupara, Ahe

Nous essayons toujours de trouver un mouillage qui combine la protection d’une avancée de corail en complément du reef proprement dit. Bien sûr, par conditions light ou pétole, tout est possible, mais attention aux bascules de vent : dans notre visite aller-retour du nombril de Amanu, un reef en forme d’étoile au centre de l’atoll, nous étions au près face à l’alizé à l’aller et au près dans le vent d’un vaste grain au retour ! Surtout, une bascule de vent ouvre le mouillage à un fetch important pouvant atteindre 40 milles dans les plus grands atolls. Soumis à un fort clapot, le bateau se retrouve exposé le cul au reef dans une situation très inconfortable.

Les fonds de sable purs sont eux aussi exceptionnels, il faut composer avec un parterre fait de sable et de patates de corail. Pas moyen d’éviter tranquillement : on entend sa chaîne frotter et perdre peu à peu sa galvanisation au contact du corail. Aux grés des vents et des courants, elle va invariablement s’engager autour de la base étranglée des patates, provoquant une diminution drastique de la longueur potentielle d’amortissement du mouillage.

La méthode préconisée, plutôt longue à mettre en œuvre, consiste à soulager le mouillage avec des pare-battages disposés à intervalles réguliers sur la chaîne, en lévitant entre deux eaux au-dessus des patates de corail elle devient théoriquement libre de ses mouvements. Nous l’avons testé sans grand succès car pour une flottabilité suffisante il faudrait utiliser des bouées de fermes perlières, trop encombrantes à mon goût pour L’Envol !

Confection d’une bouée sur corail

Confection d’une bouée sur corail

Je préfère me confectionner une bouée, les patates sont légions donc les corps morts potentiels aussi ! Tout d’abord, je repère une zone de faible profondeur (3-8 m) où j’ai l’assurance que mes quilles passent au-dessus des patates alentours quelque soit mon évitage ou la marée, ensuite je jette l’ancre autant que possible au vent d’une bande de sable, même étroite, et déroule 30 mètres de chaîne dans son lit, puis je plonge cravater en apnée la tête de corail la plus proche. C’est rapide à installer car j’utilise du simple bout polypropylène fourré dans un tuyau, s’il cède j’ai mon mouillage en sécu. J’amarre le bateau au corps mort avec de la corde dynamique d’escalade pour l’amortissement, je capelle en surface un pare-battage avec un nœud de bosse de façon à maintenir verticale la partie de corde qui vient du fond. Ce pare-battage matérialise le corps mort et participe lui aussi à l’amortissement en plongeant au gré du vent et des vagues. Je soulage sur l’ancre, reprend sur le corps mort. Il faudra de temps en temps démêler à l’étrave la corde enroulée autour de la chaîne, toujours mieux que de démêler la chaîne prise autour des patates. Nous pouvons de nouveau éviter sereinement !

Contrôle de mouillage

Contrôle de mouillage

Nous ne perdons jamais de vue qu’un mouillage dans les Tuamotu est souvent un piège potentiel car il ne sera pas toujours possible d’en bouger : chaîne de mouillage emberlificotée dans le corail, ancre engagée, patates dans le lagon qui imposent une navigation à vue donc de jour, grande distance à parcourir pour traverser l’atoll et remouiller sous le vent du reef au vent… Dans un atoll, nous ne pouvons pas fuir au large, nous sommes prisonniers ! Si le vent tourne, il faudra étaler sur place et éventuellement faire des quarts de nuit au mouillage.

Les Tuamotu sont donc nerveusement éprouvants, après deux mois de concentration et de stress, nous sommes contents de couler des jours plus tranquilles à Tahiti, protégés de tous les secteurs de vent et de leurs clapots grâce à l’île et son récif.

Quelques abris naturels ou artificiels particulièrement reposants :

Et pour sortir de l’atoll ?

Sur la route réalisée de L’Envol, la distance moyenne de passe à passe entre deux atolls est de 56 milles, avec un minimum à 38 milles et un maximum à 80 milles. Pour arriver au matin, à la première basse mer ou pleine mer du jour, il faut faire ces jonctions de nuit. Ainsi, il nous reste l’après-midi pour prendre nos repères dans l’atoll et trouver un mouillage sûr. Attention, les passes étant souvent situées sur le reef sous le vent, dans le lagon nous sommes au vent !

L’Envol à la voile en approche de la passe Ouest de Rangiroa (pour sortir)

L’Envol à la voile en approche de la passe Ouest de Rangiroa (pour sortir)

Nous calculons notre horaire de sortie à rebours : d’abord déterminer l’horaire d’entrée dans l’atoll projeté, ensuite retrancher le temps de navigation nécessaire pour l’atteindre, nous obtenons ainsi un horaire de sortie idéal. Pour bénéficier d’un soleil assez haut et d’une visibilité correcte, cet horaire ne peut pas excéder 16:00. Pour les même raisons, il n’est pas conseillé de rentrer avant 7:00 du matin dans un atoll. Entre ces deux horaires, 15 heures s’écoulent, mais de marée à marée c’est en fait plus de 18 heures qu’il faudra « étaler », bien plus que nécessaire pour couvrir la distance entre deux passes. Parfois, ce cycle long n’est pas en phase, il impose de sortir de l’atoll avec la BM et de rentrer dans l’atoll suivant à PM, alors que le schéma le plus favorable est l’exact inverse. C’est pourquoi, quand la BM coïncide avec la fin de journée, par exemple 17:00, et la BM du lendemain matin coïncide avec le lever du jour, par exemple 5:00, nous tentons le coup afin de réduire le temps de navigation à 12 heures et bénéficier d’une basse mer pour rentrer dans l’atoll.

Malgré cela, il faudra ralentir, naviguer sous voilure réduite, voir même à sec de toile, juste portés par le fardage du bateau, puis au final, ajuster en tirant des bords de cape : une navigation frustrante, une navigation de patience !

Les Tuamotu c’est donc beaucoup de difficultés, mais autant de défis que nous avons aimé relever !

De passe en passe est la suite de cet article.

Publié le 28/02/2017 de la baie de Vaitupa, motu Ovini, commune de Faa’a, proche ville de Papeete, île de Tahiti, îles de la Société, îles du Vent, Polynésie française, GPS 17 34.06 S 149 37.1 W

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