On the road

Mer et terre se confondent

Mer et terre se confondent

 

Afin de renouveler nos visas, nous passerons la frontière à Chile Chico et ferons un aller-retour à la ville de Los Antiguos en Argentine. C’est aussi l’opportunité de faire le tour (en stop) du lac General Carrera qui traverse les Andes à cheval sur les 2 pays.

17 septembre. Le matin un SMS Iridium de Pa’ nous informe d’un Tsunami au Chili. Nous sommes dans notre première auto pour Chile Chico, quand le conducteur, Andres, qui travaille à priori à l’Armada, nous confirme qu’il y a bien eu un ordre d’évacuation dans la nuit, ordre finalement annulé 1 heure plus tard ! Nous dormions radio éteinte sans nous douter qu’un Tsunami de 8,4 sur l’échelle de Richter sévissait et faisait des dégâts et des morts dans le Nord du Chili. Par chance, il n’y a pas eu de vague scélérate et délétère ici. L’information en temps réel est diffusée par le SNAM (Sistema Nacional de Alarma de Maremotos). Pour les bateaux, la procédure consiste à gagner 150 mètres de fond.

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A Aysén, Pedro Morales, un fonctionnaire en charge de la protection de l’environnement, nous embarque pour Coihaique. Il connaît sa matière et nous apprendrons beaucoup de lui, notamment que le phénomène erratique « El Nino » sévit actuellement, dérégulant le climat en Amérique du Sud pour les 2 prochaines années. Ceci pourrait expliquer l’hiver anormalement venté que nous avons subit dans les canaux. Il nous confirmera l’impact des salmoneras sur l’écosystème, déversant de la nourriture spécifique et rejetant des matières fécales dans la mer, des saumons qui s’en échappent et se croisent avec d’autres espèces. (ou finissent dans notre assiette !). Il nous parlera avec émotion de la beauté naturelle de son pays, de l’amabilité de ses gens, de ses plats traditionnels… Nous le quittons joyeux et pleins d’énergie.

Carolina, en charge de l’éducation à la mairie, Richard, professeur d’anglais, Nei, gaucho (paysan) patagonico, une voiture du CONAF (Corporacion Nacional Forestal), Benjamin, en charge d’une école de formation de guides de montagne : cette chaîne sporadique de conducteurs nous mène au paso Ibanez, à environ 1000m d’altitude, dans le parc national du Cerro Castillo (2675m).

Nous empruntons la mythique Carretera Austral, la route n°7, qui débute au Sud de Puerto Montt et chemine tant bien que mal jusqu’à Tortel. Le paso est enneigé et venté, ça caille ! Herman, bon samaritain, nous récupère un peu transis. Après Villa Cerro Castillo, l’asphalte se termine et la route en cours d’élargissement devient chaotique : terre battue et cailloux mettent à rude épreuve les amortisseurs. Herman s’arrêtera par 2 fois pour nous faire profiter d’un point de vue.

Quand il nous parle de son travail en charge des mines à Coihaique et de ses week-end passée dans sa cabane – coincée entre une falaise en voie d’éboulement et une rivière qui sort parfois de son lit, dans la plus parfaite simplicité, sans eau chaude ni téléphone – nous sentons chez lui une contradiction bien palpable et qui nous parle : nous aussi nous sommes passés par cette étape du retour aux sources, symptôme d’une recherche intérieure, existentielle. Son explication, facile à entendre pour le commun des mortels, est qu’il construit un camping !

Nous partagerons un repas au coin du poêle et passerons la nuit sous la tente dans son patio. Le petit déjeuner pris nous repartons sur la route plein d’entrain, merci Herman de donner du sens à notre périple !

18 septembre. Juan et Anibal font partis des ouvriers qui construisent la route, ils profitent de la fête de la Patrie, la fête la plus importante au Chili, pour faire du tourisme. Ensemble nous rejoignons Puerto Tranquilo. Ce village est réputé pour ses Capillas de Marmol (chapelles de marbre) qui se visitent en bateau. Nous sommes déjà quatre intéressés, un couple se joint à nous et nous permet de bénéficier d’un tarif plus avantageux : c’est parti ! L’endroit est sans conteste unique en son genre, magnifique oeuvre du temps et de la nature, mais le contexte touristique ôte toute sa saveur à cette découverte, nous débarquons un peu dévitalisés et déçus. Définitivement, c’est l’aventure et l’autonomie qui nous font vibrer, on ne nous y prendra plus !

Juan et Anibal nous laisse à l’intersection de la route de Chile Chico et de la Carretera Austral qui continue vers Cochrane puis Tortel. Nous sommes au point le plus Sud du périple, plus Sud que la Laguna San Rafael, Patagonie quand tu nous tiens !

De ce côté des Andes, le climat est continental, sec et ensoleillé, plus de jungle impénétrable comme dans les canaux mais une forêt ouverte et clairsemée où l’on peut cheminer.

Durant 130Km, nous allons traverser la Cordillère et longer la rive Sud du plus grand lac du Chili, le lago General Carrera. Il se poursuit ensuite sur 70Km en Argentine où son nom devient lago Buenos Aires. Il donne naissance au rio Baker qui rejoint Tortel. Cette portion de route qui mène à Chile Chico n’est pas non plus goudronnée, 130Km de piste s’ouvrent devant nous. En stop, la poussière soulevée par les autos est une complication pas si anodine car il n’est pas toujours possible de se placer au vent !

Nous sortons le réchaud pour manger puis la jolie plage en contrebas nous invite au bain, le savon est de la partie. Pendant notre collation et nos ablutions, 8 véhicules passent. Le pouce reprend du service. Un mini-bus à l’atmosphère étrange nous mène à Puerto Guadal où la fonda (fête de la Patrie) bat discrètement son plein à la mesure du village.

Ensuite, c’est le désert automobile et je regrette notre stratégie de dilettante, nous marchons jusqu’à la nuit. Alors que nous nous apprêtons à plonger sous le couvert des arbres pour dégoter un endroit ou planter la tente, un petit camion benne s’arrête et nous embarque à l’arrière, dans la cabine une famille nombreuse se serre les coudes. A chaque côte le camion crache une fumée noire et semble vouloir renoncer à plus de labeur. Nos routes se séparent à un arrêt de bus perdu dans la pampa où il nous est conseillé de faire un feu car la nuit sera froide ! On peut distinguer un reste de foyer. Nous poursuivons à pied, une dernière voiture nous rapproche mais nous occasionne aussi un détour d’1Km car – avec les meilleurs intentions du monde – l’endroit conseillé pour camper se révèle trop venteux. 1Km à rebours, nous trouvons un endroit plat, tranquille et sans vent. La nuit nous requinque.

19 septembre. Nous marchons de 8 à 11h au milieu d’une route au chômage technique : en 3 heures pas une auto ne passera ! Nous petit-déjeunons sur le bas côté à hauteur d’une rivière avant de reprendre la route à pied. Enfin, un pick-up apparait de nulle part et nous embarque à l’arrière, le moral remonte. A l’intérieur, la famille d’Oscar qui rentre à Chile Chico.

Sur le trajet nous faisons un stop au campo (petit ranch) familial, Oscar nous fait la visite guidée : dans la grange, accolée à un imposant rocher déversant, les différentes parties d’une vache sèchent, de l’autre côté, le coin barbecue et l’enclot d’un cheval en manque d’affection, le jardin et les fondations d’une nouvelle maison car l’ancienne a brulée.

Le trajet à l’arrière du pick-up offre une vision panoramique à couper le souffle qui défile comme une perpétuelle surprise car nous sommes installés à contre-sens de la marche.

Chile Chico, hors saison touristique, semble désertée mais nous y mangeons les meilleurs empanadas de notre vie !

Il nous faudra pas moins de 5 voitures pour rejoindre le poste frontière et faire l’aller-retour à Los Antiguos. Dommage pour le fromage Argentin, notamment le queso azul (sorte de roquefort) car tout est fermé, nous rentrerons bredouille.

A Chile Chico, le prochain ferry pour l’autre rive, Puerto Ingeniero Ibanez, est le lendemain à 7h. A l’orée de la ville, un chemin escarpé au bord du lac mène à notre campement pour la nuit.

Au matin, le capitaine nous salue d’un trait d’humour, « Je ne suis pas Charlie » ! La Tehuelche, le ferry, nous transborde en 2h15. Au moment de débarquer, nous réalisons que les voitures sont prioritaires, grosse erreur de stratégie car le village est désert et que la destination de tous est Coihaique, notre prochaine étape à 130Km. Il n’y a que 5m à parcourir mais le personnel ne veut pas nous laisser descendre du ferry. Dépités et un peu excédés, nous regardons le bateau se vider de ses autos. Nous sortons du village et commençons à marcher, le moral en berne car la route est vide et qu’il nous faut encore compléter l’avitaillement à Coihaique puis rentrer à Puerto Chacabuco dans la foulée. C’est dans ce moment de découragement que Cécilia vient à notre secours, passagère du ferry, sa voiture l’attendait de ce côté, tout comme nous elle rentre sur Coihaique ! Clin d’oeil du destin, son travail consiste à trouver des solutions de transport pour les populations isolées ! Sur le trajet, elle prendra un stoppeur de plus ! Merci Cécilia !

A Coihaique, nous remplissons un caddie, pour gagner du temps nous l’emmenons avec nous jusqu’à la compagnie de bus puis je le ramène au supermarché en courant, de retour le bus est déjà là, il est plein mais le chauffeur accepte de nous prendre car des personnes descendent dans 4 kilomètres, ouf ! A Aysén, nous complétons l’avitaillement avec les produits frais et prenons le temps de nous doucher à un hôtel. La nuit tombe. Le temps de trouver un mini-bus avec une galerie sur le toit qui nous ramène à Puerto Chacabuco et me voilà dans l’annexe à faire les 2 allers-retours nécessaires pour charger le tout sur L’Envol. De retour à terre, nous allons signaler notre futur départ à l’Armada. Il est tard quand nous nous couchons, après que chaque chose, suivant sa nature, ai trouvée sa place dans un coffre, un équipé ou dans les fonds.

Au total, 19 voitures empruntées, 1 ferry, 2 bus et 750 kilomètres parcourus ! Merci à tous !

Publié le 02/10 de Puerto Puyuhuapi, GPS 44 19.65 S 72 33.41 W.

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