Le temps file aux Marquises

Iles Marquises, Polynésie française
du 12/07 au 4/10/2016 presque 3 mois d’escale
250 Mn dont 1,8 Mn au moteur
6 îles, 15 mouillages
99,3% à la voile

Groupe Nord des îles Marquises

Groupe Sud des îles Marquises

Les mouillages de L’Envol :

1- Baie des Vierges, village de Hanavave, île de Fatu-Hiva GPS 10 27.92 S 138 40.09 W
2- Baie de Hanatefau, village de Hapatoni, île de Tahuata GPS 9 57.74 S 139 7.14 W
3- Baie et village de Vaitahu, île de Tahuata GPS 9 56.2 S 139 6.74 W
4- Baie de Ivaiva, île de Tahuata GPS 9 54.74 S 139 6.48 W
5- Baie de Hanamoenoa, île de Tahuata GPS 9 54.45 S 139 6.25 W
6- Baie de Hanamenu, île de Hiva-Oa GPS 9 45.9 S 139 8.4 W
7- Baie de Hanaiapa, île de Hiva-Oa GPS 9 42.83 S 139 0.9 W
8- Baie et village de Hane, île de Ua-Huka GPS 8 55.64 S 139 32.05 W
9- Baie sans nom au NW de la baie de Hatuana, île de Ua-Huka GPS 8 55.63 S 139 36.74 W
10- Baie de Anaho, île de Nuku-Hiva GPS 8 49.36 S 140 3.86 W
11- Baie et village de Hatiheu, île de Nuku-Hiva GPS 8 49.53 S 140 4.97 W
12- Baie de Hakaehu, hameau de Pua, île de Nuku-Hiva GPS 8 47.32 S 140 10.69 W
13- Baie de Taioa, anse de Hakatea ou Daniel’s Bay, hameau de Hakaui, île de Nuku-Hiva GPS 8 56.66 S 140 9.88 W
14- Baie et village de Hakahau, île de Ua-Pou GPS 9 21.52 S 140 2.88 W
15- Baie et village de Hakamaii, île de Ua-Pou GPS 9 25.05 S 140 6.88 W

Les îles Marquises

Les Marquises forment deux groupes, le groupe des îles du Sud et le groupe des îles du Nord, en tout six îles habitées plus quelques unes restées à l’état sauvage. L’ordre de visite n’est pas anodin, les vents dominants d’Est imposent de gagner en longitude pour naviguer dans les meilleures conditions de confort et de rapidité. Ainsi l’île de Fatu-Hiva, la plus à l’Est (138° 40’ de longitude Ouest) sera notre première île touchée, par chance, c’est aussi la plus au Sud, donc la plus proche de l’atoll de Amanu notre point de départ.

Les quelques fois où nous devrons tourner une île vers l’Est, afin de changer de mouillage, se sera au près au louvoiement dans une mer formée, avec des alizés renforcés par de la brise thermique et les accélérations de vents dues au relief côtier : caps, falaises et vallées par exemple. Néanmoins, en partant à l’aube, avant que le soleil ne permettent aux cumulus de se développer et à la brise thermique de naître, les conditions sont plus calmes et le près relativement agréable. Nous l’avons expérimenté sur la côte Nord-Ouest de l’île de Hiva-Oa lors d’une petite liaison de quatorze milles au louvoiement effectuée tôt le matin entre 4h45 et 8h36 (UTC-10).

Une trace GPS alambiquée

Une trace GPS alambiquée

Ainsi, nous avons pu naviguer à la voile sous le vent de toutes les îles. Notre jonction la plus problématique, entre la baie de Hanatefau et celle de Vaitahu sur l’île de Tahuata, fut particulièrement épique : les reliefs et les vallées spécialement prononcés entre ces deux baies, étiolaient ou renforçaient un vent évanescent ou furibond sans cesse changeant en force et direction, toutes les allures y sont passées, la trace GPS alambiquée en témoigne, ainsi que le livre de bord, 4,23 milles à 2,33 nœuds de moyenne, rafales à plus de 35 nœuds ! Presque deux heures de navigation éreintantes compensées par la joie de ne pas avoir utilisé le moteur, ni pour quitter le mouillage, ni en navigation, ni pour prendre le mouillage.

La côte Ouest de l’île de Fatu-Hiva défendue par une haute muraille présente les même symptômes, il vaut mieux en bouger un jour de renforcement de l’alizé, sans quoi pas le moindre souffle d’air ne parviendra à escalader puis redescendre un tel dénivelé ! Les côtes Ouest des îles de Ua-Huka et Ua-Pou sont bien protégées elles aussi des vents dominants, il faudra être parfois patient et accepter d’avancer par à coups. Ainsi, quand nous avons quitté Ua-Huka pour l’île de Nuku-Hiva, nous subirons le dévent de sa côte Ouest sur plus de deux milles.

Toutefois, quand l’alizé tourne au Nord-Est, le vent contournant les îles par leurs côtes Nord, parviendra à arroser les côtes Ouest de manière assez laminaire. Ainsi dans notre contournement de Nuku-Hiva réalisé sur deux jours consécutifs dans le sens antihoraire et sous un régime de Nord-Est, seul le franchissement de la pointe Sud-Ouest de l’île a nécessité une dizaine de milles de louvoiement sur les trente deux réalisés au total. Sa côte Ouest-Sud-Ouest, sombre et désertique, pas trop raide – autant de facteurs renforçant les effets thermiques – produit un appel d’air d’Ouest : la fameuse brise de mer, du coup nous étions au travers tribord amure dans 10-15 nœuds de vent !

Contournement de l’île de Ua-Pou

Contournement de l’île de Ua-Pou

Nous bénéficierons aussi d’une tendance Nord-Est dans le contournement de l’île de Ua-Pou, nous permettant d’évoluer au portant jusqu’au mouillage de la baie de Hakamaii. Le lendemain, jour du départ dans les Tumotu, fut plus contrariant, nous quitterons le mouillage à la nuit, alors que la brise de mer s’est tue, erreur, car avec le retour de l’alizé à l’Est le dévent de la côte se sentira jusqu’à presque trois milles au large !

Les marquises sont connues pour leurs mouillages rouleurs, en effet, mouiller dans une baie ouverte sur l’Océan Pacifique permet à la houle de rentrer. Un palliatif est parfois de mouiller une ancre arrière pour maintenir le bateau perpendiculaire à la houle. Parfois le vent est assez fort, constant et d’une direction adéquate pour « faire le job » de l’ancre arrière. Pendant notre passage aux Marquises du 12 juillet au 4 octobre, durant l’hiver austral, la houle de Sud, envoyée par les dépressions balayant les 40-50ième, était sensible bien qu’acceptable, tandis que la houle du Nord était imperceptible, les prochains mois avec la venue de l’hiver dans l’hémisphère Nord, les dépressions capables de générer de la houle résiduelle jusqu’aux Marquises vont devenir plus fréquentes et les mouillages des côtes Nord devenir impraticables.

Nous avons donc pu profiter largement de ces mouillages plus sauvages que ceux des côtes Sud abritant les « capitales » : baie de Hanamenu et Hanaiapa sur l’île de Hiva-Oa, baie de Anaho, Hatiheu et Hakaehu (hameau de Pua) sur l’île de Nuku-Hiva.

Les mouillages délicats de la côte Sud de l’île de Ua-Huka

Les mouillages délicats de la côte Sud de l’île de Ua-Huka

Les mouillages les plus délicats des Marquises restent ceux de la côte Sud de l’île de Ua-Huka, très ouverts au Sud, la houle et la mer du vent s’y invitent et l’alizé pousse généralement à la plage, d’inconfortables ils peuvent devenir rapidement intenables. Profitant d’une houle faiblissante nous avons jeté l’ancre trois jours dans la baie de Hane puis nous en sommes repartis avant un renforcement de l’alizé. Malheureusement, il n’y a pas de mouillage sur la côte Nord et ceux de la austère côte Ouest ne sont pas terribles.

De l’avis général, conforté de notre expérience, les meilleurs mouillages des Marquises sont :

La baie de Taioa en forme de cœur, les anses de Hakatea et Hakaui

La baie de Taioa en forme de cœur, les anses de Hakatea et Hakaui

- Baie de Hanamoenoa, île de Tahuata, fond de sable d’excellente tenue
- Baie de Hanaiapa, île de Hiva-Oa, à condition qu’il n’y est pas de houle du Nord
- Baie de Anaho, île de Nuku-Hiva, le meilleur du meilleur, nous y sommes restés près de vingt jours !
- Baie de Taioa, anse de Hakatea ou Daniel’s Bay, hameau de Hakaui, île de Nuku-Hiva, plus rouleur que sa réputation le laisse à penser, fond d’excellente tenue
- Baie et village de Hakahau, île de Ua-Pou, à condition de mouiller derrière la jetée proche de la plage dans deux à trois mètres d’eau avec un mouillage arrière, fond d’excellente tenue, mouillage adapté aux faibles tirant d’eau

Nos pires mouillages :

Toboggan de vent sur la baie des Vierges, île de Fatu-Hiva

Toboggan de vent sur la baie des Vierges, île de Fatu-Hiva

- Baie des Vierges, village de Hanavave, île de Fatu-Hiva, à cause des rafales qui balayent le mouillage quand l’alizé est fort. Nous y avons expérimenté jusqu’à 40 nœuds !
- Baie et village de Vaitahu, île de Tahuata, pour les mêmes raisons que précédemment

A propos des mouillages des « capitales » : Atuona sur la côte Sud de l’île de Hiva-Oa, Taiohae sur la côte Sud de l’île de Nuku-Hiva, réputés rouleurs et surpeuplés nous les avons boycottés. Bien que compliquant l’avitaillement, nous avons préféré nous y rendre en stop et retrouver le soir la tranquillité de notre mouillage sur les côtes Nord bien moins fréquentées de ces îles.

L’eau chargée d’alluvions ne permet pas de voir dans quel type de fond l’ancre va travailler. Nous avons presque toujours mouillé dans minimum dix mètres d’eau afin de toucher du sable –moins profond on touche du corail – même si parfois cette option nous plaçait loin de la plage.

Hiva-Oa
2 mouillages – 10 jours d’escale du 1er au 11/08/2016

Baie de Hanamenu, en balade avec Taitoua

Baie de Hanamenu, en balade avec Taitoua

Les îles de Fatu-Hiva et Tahuata ne nous ont pas séduits. Revirement de situation dans la baie de Hanamenu sur l’île de Hiva-Oa, après le bon et encombré mouillage de la baie de Hanamoenoa sur l’île de Tahuata, celui-ci, rouleur et venté nous rend notre tranquillité, nous sommes seuls. Des marquisiens occupent leur maisonnette de vacances, et oui, ici aussi ce sont les vacances scolaires comme en France ! Nous sommes chaleureusement accueillis, depuis début juillet c’est seulement le troisième voilier qui les visite. Une cascade remplie une piscine naturelle d’eau fraîche entre les cocotiers et les pierres volcaniques, nous nous dessalons le corps et l’esprit, c’est exquis ! Invité le lendemain, nous dégusterons trois viandes cuisinées de quatre façons différentes !

« La famille Addams » en vacances à Hanamenu !

« La famille Addams » en vacances à Hanamenu !

Le cochon et la chèvre ont été chassés ici par le chef de famille, Teikipahaoa, aussi sculpteur sur bois, tatoueur et exploitant de copra (extraction de la chaire de coco pour l’industrie des cosmétiques). La saison des mangues commencent, une expérience gustative qui nous rappelle la Bolivie et les succulentes mangues de Santa Cruz. Nous repartons chargés de fruits, le plein d’eau de source et une lessive faite. Enfin, nous avons partagé un moment convivial aux Marquises loin du tourisme de masse.

Le voyage se poursuit à terre

Le voyage se poursuit à terre

Du mouillage de la baie de Hanaiapa, nous rayonnerons en stop dans l’île, d’abord pour nous ravitailler à la petite ville de Atuona, sur la côte Sud, puis pour nous rendre au site archéologique de Puamau où l’on peut voir les plus grands tikis des Marquises, avoisinant les deux mètres de haut. En route, nous ferons la connaissance d’une charmante famille qui nous enlèvera de la piste. Arrivée au hameau de Nahoe nous petit-déjeunerons dans leur maison avant de poursuivre jusqu’à Puamau. Sur le site archéologique nous rencontrerons Alice et Julien du voilier Manta, ainsi que l’équipage du voilier Pain Brulé. Leur guide accepte de nous ramener à l’arrière du pick-up jusqu’à notre mouillage de la baie de Hanaiapa qui par chance se trouve sur le chemin du retour de leur visite touristique.

En manque de trek, nous nous rendons en aller-retour jusqu’à la baie voisine de Hanatekuua par un des rares chemins encore praticables car usité à cheval par les habitants de cette baie, malgré tout la végétation qui a bien poussée de chaque côté ferme le chemin, il faut se frayer un passage.

L’immense Laguz de 66" et le minuscule L’Envol de 25" !

L’immense Laguz de 66″ et le minuscule L’Envol de 25″ !

Un jour, un catamaran Gunboat de 66 pieds en carbone, Laguz, nous rejoint dans la baie. A son bord, Rob et Pamela, les propriétaires, australiens, John et Nicky, les skippeurs. Nous ne le savons pas encore mais c’est lors d’un voyage de Rob en France à l’occasion du salon nautique de Cannes qu’il nous proposera de ramener dans ses bagages des bas-haubans de rechange pour L’Envol, ils nous attendent à Tahiti, merci Rob !

Ua-Huka
2 mouillages – 4 jours d’escale du 11 au 15/08/2016

A peine débarqué sur la plage de la baie de Hane, nous tendons le pouce, la magie du stop opère une fois de plus, Mélinda nous prendra en charge pour les quelques jours de notre séjour à Ua-Huka. Au village de Vaipaee où elle nous dépose, nous rencontrerons Monia et sa fille Kupuani (8 ans) qui nous emmènent en 4×4 sur les hauteurs de la ville. Mélinda nous permettra de visiter le nouveau musée sur le site près de l’aéroport, rassemblant des pièces d’art de toute beauté ! A l’occasion d’un repas chez elle dans son hameau de Hokatu, nous rencontrons Patrick, son mari, leur fils et Hervé le frère de Patrick, nous dégusterons ensemble quelques spécialités marquisiennes. Mélinda s’identifie à notre voyage, elle aussi a ce projet : « dans 10 ans, quand mes enfants seront en âge de comprendre, je partirai découvrir le monde » !

Depuis le mouillage sans nom au NW de la baie de Hatuana, nous explorons à pieds les environs, arpentant le territoire d’une horde de chevaux sauvages. Le chef, un magnifique albinos, nous gratifie d’une parade d’intimidation, la queue et la tête bien droites, fier, il sautille sur la pointe des sabots faisant mine de se rapprocher de nous, puis s’éloigne et recommence dans une chorégraphie noble et émouvante. La végétation est comme toujours problématique, dans ce dédale végétale les sentes d’animaux apparaissent et disparaissent sans cesse, nous nous frayons un passage tant bien que mal. Soudain Carina bat en retraite dans des hurlements affreux, nous avons dérangé un essaim de guêpes planqué dans les hautes herbes, Carina accusera quatre piqures, c’est la « retraite de Russie » jusqu’au bateau.

Nuku-Hiva
4 mouillages – 46 jours d’escale du 15/08 au 30/09/2016

La première baie touchée sur l’île de Nuku-Hiva, la baie de Anaho, est une révélation ! Ici, point de village ni de route, l’endroit est sauvage, le mouillage sans houle ni rafales est bien aéré, le fond est d’excellente tenue, la ceinture de corail qui jouxte la plage sécurise le débarquement en annexe, l’eau de source coule à volonté, les locaux sont accueillants, les fruits, les légumes sont disponibles grâce au maraicher de Moava, le village de Hatiheu est à une heure de marche avec un magnifique panorama à la clé…

Malheureusement, même le paradis à son enfer : les fourmis et les nonos. Les premières sont la plaie des locaux, immigrées de Tahiti, elles se trouvaient à priori dans les pots des pieds destinés à être plantés à Anaho, elles dévorent tout, végétaux et animaux, jusqu’aux chèvres juvéniles ; les deuxièmes nous concernent, ces minuscules moustiques prolifèrent dans les plages de sable blanc, ils imposent, malgré la chaleur, la tenue pantalon – t-shirt manches longues ainsi que répulsif pour les extrémités, moyennant quoi ils se tiennent à distance sans poser de problème particulier.

Tout est dit sur Anaho ici, merci Alice et Julien !

Anaho va devenir notre camp de base, plusieurs fois nous visiterons Moava et son maraicher dans la baie voisine de Haatuatua, plusieurs fois nous marcherons jusqu’au village de Hatiheu nous ravitailler en produits PPN (Produits de Première Nécessité à prix réduits) et profiter d’une connexion internet, plusieurs fois nous irons en stop à la petite ville de Taiohae, sur la côte Sud de l’île. Nous abandonnerons même le bateau deux jours et une nuit le temps de faire le tour de l’île. Durant ce road trip, mixte de stop et de marche, nous découvrirons le hameau reculé de Pua et ses mangues salvatrices alors que nous avions marché douze kilomètres en plein soleil et que l’eau venait à manquer.

19 jours s’écoulent en un éclair, nous déplaçons le bateau dans un réflexe de nomades sclérosés pour atterrir à peine quatre milles plus loin dans la baie de Hatiheu juste en face du village. L’antenne wifi de la poste nous permet de capter internet à bord, c’est reparti pour 17 jours sédentaires, au programme du travail de bureau au profit du site internet, un gros boulot !

Après 5 semaines passées dans le secteur, nous levons le camp pour rejoindre l’anse de Hakatea, célèbre pour sa cascade et son mouillage très protégé, le meilleur des Marquises d’après nos différentes sources. Sur la route, nous passons une nuit dans la baie de Hakaehu qui abrite le hameau de Pua, nous y retrouvons Christian, qui entre autres choses fait du miel, il nous en offre 1,5 litres de sa production artisanale, un nectar !

L’anse de Hakatea se révèle moins conviviale que notre mouillage de Anaho, elle est rouleuse, la plage du hameau de Hakaui, défendue par des rouleaux, délicate d’accès à la rame, nous vaudra un retournement complet la première fois, l’appoint d’eau est plus compliqué, de moins bonne qualité et il n’y a pas de village avec ses commodités à proximité. Néanmoins le site est spectaculaire, engoncé au fond d’une vallée encaissée que surplombent d’imposantes falaises. Le potentiel de trek est important, sans doute le meilleur spot des Marquises à ce sujet.

Taniha dans sa maison construite sur le paepae du chef de la vallée

Taniha dans sa maison construite sur le paepae du chef de la vallée

Le hameau de Hakaui n’abrite plus que quelques maisons occupées de manière épisodique. Nous y ferons la connaissance de Taniha, jeune trentenaire, l’agitation du monde moderne ne l’intéresse pas, amoureux de sa vallée, elle lui donne tout ce qu’il a besoin, il s’épanouit ici, dans cet écrin de nature préservé par l’absence de route.

Depuis Hakaui, nous nous rendrons par deux fois à la cascade de Vaipo. Nous nagerons dans le défilé terminal jusque sous la cascade, une magnifique alcôve se dévoile alors au regard dans laquelle le soleil s’engouffre embrasant une roche mordorée.

Pour la seconde fois, nous allons délaisser le bateau une paire de jours afin de tenter une boucle pédestre empruntant le plateau de Toovii. Cet itinéraire non balisé, non décrit dans un livre, se devine en regardant les images satellites de Nuku-Hiva. La partie la plus délicate consistera à remonter une ravine raide entre des falaises afin de rejoindre les crêtes, de suivre ces dernières jusqu’à atteindre le plateau de Toovii, emprunter ensuite une route d’exploitation forestière dans une plantation de pinus dont les lacets sont bien visibles sur les images satellites, jonctionner la route du plateau qui relie l’aéroport sur la côte Nord à la ville principale de Taiohae sur la côte Sud. Dormir sous l’abri du point de vue qui domine la ville à près de 800 mètres d’altitude. Le lendemain, y descendre en stop puis rentrer par le chemin ancestral qui relie Taiohae et Hakaui.

Partis léger, sans duvet, avec seulement la partie interne de la tente comme solution anti moustiques, notre « périple » se passera au mieux, aidés par des providentiels chasseurs dans la déterminante ascension préliminaire, nous touchons un déluge de pluie dans la remonté de crêtes. Sur le plateau la situation s’améliore et nous séchons sur pièce dans le geste.

La nuit fut fraîche. Nous profitons de la ville pour charger un peu le sac d’un modeste avitaillement, surtout en produits frais, puis poursuivons. Le chemin peu pratiqué est reconquis par une végétation qui parfois nous dépasse en hauteur, les bras brassent ces plantes hautes, dans une sorte de nage adaptée à ce monde végétal. Dans l’ultime raidillon, le chemin descend en lacets entre les acacias, on devine de très vieux murs de soutènement, hélas tristement éboulés par endroits. Fourbus, nous sommes heureux de retrouver L’Envol et son petit confort douillet.

En attendant de pouvoir toucher les bas-haubans neufs qui nous attendent à Tahiti, je dois remplacer celui de tribord qui accuse trois torons cassés (!). Le bas-hauban émérite du golfe de Gascogne, mis au rebus à Buenos Aires, va reprendre du service, avec un seul toron rompu il est considéré ici comme neuf. Faire le changement dans un mouillage rouleur n’est pas une mince affaire, mes reprises d’efforts ne sont pas à la hauteur de mes espérances, le mât seulement maintenu sur le plan latéral par ses galhaubans, guidonne un peu sous l’influence des vagues. Repoussant ce dernier de toutes mes forces avec mes épaules, les pieds sur le galhauban tribord, le corps tendu à l’horizontal sous la barre de flèche, je parviens à la déboiter de quelques centimètres de son embase dans le mât. L’espace ainsi libéré me permet d’ôter le bas-hauban en souffrance et d’insérer le « nouveau ». La tension est remise avec le « GAP » qui va bien dans les ridoirs. Voilà, on va pouvoir s’arracher à la voile de cette envoutante île de Nuku-Hiva !

Ua-Pou
2 mouillages – 4 jours d’escale

Nous atterrissons à Ua-Pou après une navigation au petit largue, normal car il y a un peu d’Est dans la route. Nos amis de Hakaui nous ont gâtés, 15 papayes, 20 pamplemousses, 1 régime de bananes, 1 ananas, 1 mangue, 1 concombre. Nous faisons à Hakahau un avitaillement digne de celui de Valdivia au Chili. Nos renseignements étaient bons, cette petite ville abrite bien le magasin le plus grand et le mieux achalandé de toutes les Marquises !

Le hasard, un élément clé du voyage qu’il ne faut pas hésiter à solliciter sans cesse, nous permet de rencontrer Nota, policière de son état. Grâce à elle et son compagnon Hervé, nous allons quitter les Marquises dans une belle apothéose finale, débauche de mets encore inconnus pour nos papilles, balade en voiture jusqu’à Hakahetau, chaleur humaine, rires grâce à Jean-Charles, postier haut en couleur et intarissable, fruits et légumes pour la route…

Dans la baie de Hakamaii, notre dernier mouillage aux Marquises

Dans la baie de Hakamaii, notre dernier mouillage aux Marquises

Au mouillage peu visité de Hakamaii, notre base de lancement pour les Tuamotu, le formidable accueil des locaux contribuera aussi à nous laisser un souvenir impérissable de ces îles.

Le temps s’immobilise aux Marquises !

Après presque 3 mois d’escale, le moment est venu de poursuivre notre route, toujours plus vers l’Ouest…

Publié le 18/10/2016 de la maison d’Elisabeth et Aurélien, village de Pouheva, atoll de Makemo, îles Tuamotu, Polynésie française, GPS 16 37.59 S 143 34.94 W

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