Intermède à Tahiti

Baie de Vaitupa, commune de Faa’a, proche ville de Papeete, île de Tahiti, îles de la Société, îles du Vent, Polynésie française
GPS 17 34.07 S 149 37.13 W
du 14/12/2016 au 30/05/2017
5 mois et demi d’escale technique
18’713 Mn parcourus en 3 ans de voyage

Arrivée à Tahiti

Arrivée à Tahiti

Ce long stop, le plus long à ce jour, s’explique par la saison des cyclones qui sévit à cette époque dans le Pacifique Sud. Les îles de la Société n’étant pas sur leurs routes, nous avons choisi Tahiti pour y faire relâche avant de poursuivre plus avant vers l’Ouest.

Dernier stade avant d’être nommé et reconnu comme cyclone, une dépression tropicale est déjà un évènement redoutable en soi. Sur cette période nous en avons essuyé deux, la première, la plus virulente, mi-janvier, la seconde mi-février. Les deux fois nous avons étalé en restant cloitrés au bateau huit jours, annexe pliée mise à l’abri à l’intérieur. Durant le premier épisode, nous avons enregistré 46 Nds en pointe pour 40 Nds courant, un excellent test pour le corps mort – un truc indéfinissable trouvé au fond – sur lequel je nous avais amarré. Conjointement, ces dépressions tropicales ont apporté des pluies diluviennes qui ont inondé Papeete en faisant pas mal de dégâts.

Malgré tout, la saison 2016/17 était classée comme neutre, sans Niño, ni Niña, et il n’y a pas eu de cyclone à déplorer en Polynésie française.

Cette escale prolongée a surtout été l’occasion de donner à L’Envol les soins qu’il mérite après presque 20’000 milles parcourus et une moitié de Pacifique à son actif :

- révision complète de l’électronique Raymarine : nouvel écran multifonction i70s, nouveau convertisseur iTC-5, nouvelle sonde tridata DST800, nouveau vérin de pilote, mise à jour du logiciel du p70

Une électronique minimaliste

Une électronique minimaliste

- remplacement des rotules de safrans en Ertalyte et réglage du parallélisme (opérations réalisées à flot)

- remplacement des bas-haubans D1 tribord et bâbord (opérations réalisées à flot)

- réfection de l’étanchéité des plexis de roof avec une couche supplémentaire de Sika noir 295UV

- réfection de l’étanchéité des portes du coffre de cockpit

L’ancien vérin à gaz bloqué à mi-course

L’ancien vérin à gaz bloqué à mi-course

- remplacement du vérin à gaz du hâle-bas rigide de bôme (Rodkicker de Seldén)

- repeinte des pourtours de la casquette et de la porte de la descente, mise en place de l’inscription réglementaire sur le tableau arrière de l’annexe

- débarquement, nettoyage et contrôle de la chaine de mouillage après le raguage sur les patates de corail des Tuamotu, soudure de la pelle et de la verge de l’ancre Spade

Pas mal d’éléments de confort sont passés en version 2.0 :

- renforcement du bac plastique de la table à carte et confection d’un couvrant afin de supporter le poids d’une personne assise

- amélioration de l’articulation du porte-instruments

- refonte du système de fixation et d’immobilisation des bacs à batteries

Portique arrière en tubes PVC, le principe du roseau

Portique arrière en tubes PVC, le principe du roseau

- renforcement du portique souple du panneau solaire (fait à base de tubes PVC) et installation d’une gouttière récupératrice d’eau de pluie

- câblage en interne du panneau solaire sous le plancher de la cabine arrière tribord avec les mousses d’insubmersibilité

- amélioration de la fonction auto-videuse de la baille à mouillage

- suppression d’un œillet en inox de la GV (destiné au ferlage du ris 1) mal positionné car venant au contact des bas-haubans au portant

Durant ces mois d’escale, pas mal de coches auront été faites dans la longue liste des choses à faire et ma connaissance du bateau s’en est trouvée de beaucoup approfondie.

Ceci dit, je dois avouer que ce travail s’est réalisé dans la douleur, d’abord à cause de la chaleur car la saison cyclonique correspond aussi aux pics de températures à Tahiti. Certains matins, il était évident que nous passerions plus de temps à nous éponger le corps ruisselant qu’à réaliser quoi que se soit, nous quittions alors précipitamment le bateau pour nous rafraichir à la source de Vaima.

Mais aussi parce que notre philosophie (et l’état de nos finances) nous commande de choisir le chemin difficile. Ainsi plutôt que de simplement acheter le matériel nécessaire et se le faire livrer de la Métropole à Tahiti, nous avons pris le temps de créer des pdf, en français, parfois en anglais, illustrés par des photomontages légendés et des croquis, expliquant les manquements du matériel à son devoir premier, celui de fonctionner. Ces documents nous ont permis de solliciter une aide argumentée. Au total, nous avons recueilli une participation matérielle s’élevant à plus de 3’300 €.

Un grand merci à Raymarine, au Chantier Marée Haute et à 3D Tender pour toute l’aide matériel et technique apportée durant cette escale.

Des centaines de mails ont été échangés depuis ce qui est rapidement devenu, du fait de son wifi gratuit, notre bureau délocalisé, j’ai nommé, un bruyant centre commercial situé à 5 Km du bateau, soit, entre les manips d’annexe et le stop, aller puis retour, 1h30 de latence. A l’heure de la communication instantanée, vous mesurez ici notre décalage !

Après que l’entreprise ait répondu favorablement à notre doléance, il nous faut trouver un « passeur » qui acceptera d’acheminer le matériel dans ses bagages. En effet, même si les voiliers en transit échappent aux lourdes taxes d’importation (pas d’impôt sur le revenu pour alimenter les caisses du gouvernement !), il est obligatoire de passer par un transitaire en douane pour récupérer le matériel. Le coût de ce service est fixe, parfois plus important que le matériel lui-même ! Nous avons donc fait plusieurs fois le tour des marinas et trouver de l’aide au sein de la communauté des voileux, merci à nos « passeurs » :

Rob, Alex (grâce à Fred et Emilie), Fabrice (grâce à Laurent et Laureline), Jacob (grâce à Chris et Jessica), Jess (grâce à Félix), Bernard et Françoise (grâce à Marc et Jane).

Ces pères Noël ont apporté dans leurs hottes :

4 bas-haubans, les rotules de safrans, un écran i70s, des dames de nage pour l’annexe, un jeu de tissus autocollants de voilerie, un convertisseur iTC-5, une sonde DST800, un vérin à gaz et une liseuse.

Une fois le matériel enfin en main, il faut le monter, comme il n’est pas question de faire appel à un professionnel, il faut s’y coller soi-même, la première fois est celle qui coûte le plus paraît-il, ok, mais depuis le départ de Bretagne je n’ai toujours pas fait le tour complet de toutes les casses possibles et donc dans les faits tout est toujours une première fois.

Réussir à cerner les causes, en réparer les conséquences sans les aggraver, est pour moi source de stress. Bricoler, réparer, me renvoi à mes incertitudes et mes doutes : suis-je capable, quelle va en être l’issue ? Avec une pensée lancinante qui m’habite en permanence, celle du bris majeur, impossible à réparer, soit par manque de compétences, soit par manque d’infrastructures, soit par manque de moyens financiers.

Help !

Help !

Alors que je voudrais seulement m’occuper de L’Envol, je dois aussi affronter mon moi qui s’impose dans un huit clos angoissant. Presque invariablement, sans surprise, le résultat du bricolage est probant. Pour autant, je ne suis pas délivré de mes peurs irrationnelles. Comme un jour réitérant sans cesse à l’identique, prisonnier de soi, je sais que la prochaine fois sera encore une épreuve psychique.

Merci à Paul du voilier anglais Tin Tin, pour nous avoir permis la mise à jour du logiciel de notre écran de pilote p70. Il nous aura fallu des semaines de recherche pour trouver la perle rare, c’est à dire un voilier 1- équipé Raymarine, 2- disposant d’un traceur récent, à jour, avec un slot micro SD pour y charger le logiciel, 3- ayant un point d’entrée accessible à son réseau SeaTalk pour y connecter notre p70, 4- empathissant avec notre problématique !

Rappelez-vous, nous avions précédemment perçu 1’100 € de dons pour nous aider à faire face à cette escale technique. A l’heure du bilan, nous en avons dépensé un peu plus, respectant peu ou prou notre budget matériel. Merci Daniel, Vladimir, Papa et Geneviève, Jean, Henri, Pierre, Jojo et Cécile, Stéphane et Anne, grâce à vous L’Envol repart en bonne santé !

Au chapitre des mauvaises surprises, E-Sat, la société qui nous fournit nos cartes prépayées annuelles de communication par satellites Iridium – nous permettant ainsi d’accéder à une météo en mer – nous a réclamé un supplément pour maintenir le service de messagerie SkyFile devenu payant. Une façon de procéder affligeante : le terme prépayé a-t-il encore un sens ? Naya, une société concurrente, stipule clairement sur sa page d’accueil que le service de messagerie reste inclus pour leurs cartes prépayées en cours.

La vie quotidienne de la baie de Vaitupa, Moorea au fond

La vie quotidienne de la baie de Vaitupa, Moorea au fond

A contrario des vicissitudes du bricolage, le quotidien était facile. On était bien dans cette baie de Vaitupa, une baie accueillant une faune éclectique : des pêcheurs farouchement indépendantistes ; des gens très affables squattant le bord de mer (chez qui nous débarquions) ; une école de va’a (pirogue polynésienne) ; un business de pirogues-catamaran « boum-boum » (radeaux festifs du WE à la sono débridée). Loin des « marinas-condominiums » surpeuplées, enchâssés dans le microcosme local, nous nous sentions bien à notre place et la taille menue de L’Envol nous fondait naturellement dans le décor.

Nous y avons retrouvé Audrius et Jurgita sur Taura, un voilier lituanien rencontré à Valdivia, le capitaine poursuivant son rêve de gosse du mythe tahitien était quelque peu désappointé ! Il y avait aussi un couple de locaux, Tommy, Hinari et leur fille Océane (2 ans) sur un bateau donné l’euro symbolique, dorénavant plus en état de naviguer. La baie de Vaitupa hébergeait aussi un couple de suisse atypique, Erich et Kathrin, sur Windsong. Ils avaient mis 20 ans pour rallier Tahiti depuis le Guatemala, et se refusaient à payer la francisation du bateau au terme légal des trois années passées en Polynésie française. S’estimant nomades et souhaitant le rester, ils se préparaient donc à un délicat aller-retour vers les îles Cook leurs permettant de repousser l’échéance pour trois nouvelles années ! Enfin, Jean-Louis et Pascale, un couple de français sur un voilier en alu, qui, partis de Métropole et au terme de nombreuses années de navigation, se sont posés ici il y a 25 ans sans jamais céder aux charmes de la vie terrestre, pas de pied-à-terre, ni de voiture !

La baie de Vaitupa, c’était une sorte de gentil ghetto pour marginaux, certains voiliers à l’allure conventionnelle ne s’y sont pas attardés et c’était bien ainsi.

On the road, merci Andreis !

On the road, merci Andreis !

Régulièrement, on sortait s’aérer la tête, ainsi on a fait le tour de l’île en stop trois fois. Les tahitiens, même ici à Papeete, la grande ville, ne sont pas stressés comme nous autres occidentaux. L’accueil polynésien n’est pas une légende, il est simple et généreux, on nous a souvent emmené spontanément à notre destination malgré un large détour, on nous a souvent donné des fruits et des légumes (merci Vaatea, Moirani, Andreis) et même des pizzas, glaces et viennoiseries à la discrétion de Ginette, vendeuse chez Papi Pizza !

Chez Moirani

Chez Moirani

Pas autant qu’on l’aurait souhaité, nous avons quand même pu arpenter la nature à Tahiti : fait le baptême de Carina en parapente ; gravi le troisième sommet de Tahiti, le Mont Aorai perché à 2’066 m d’altitude ; marché deux fois jusqu’au sommet d’une cascade, avec des vasques suspendues de toute beauté, cachée au fond de la vallée de la Fautaua ; parcouru les lavatubes sur le plateau de Hitiaa, une remontée de rivière spéléologique dans des grottes, ex-tubes de lave, avec cascades et lacs souterrains…

Les traces GPS de nos treks sont visibles et téléchargeables à partir de cette carte interactive.

Le 30 mai 2017, nous voilà de nouveau en route avec l’ambition affichée de rejoindre les Australes, ces îles isolées au Sud de Tahiti dont Rapa est la plus emblématique mais aussi la plus difficile d’accès. Saurons-nous redevenir des marins et retrouver le fil du voyage après s’être sédentarisés malgré nous ?

Publié le 18/09/2017 de la maison de Stéphanie, quartier Falaleu, île Uvea, îles Wallis, Wallis et Futuna, GPS 13 17.51 S 176 11.17 W

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