Virage à 180°

Stats Australie :

Position : Magnetic Island
Distance parcourue : 629 Mn
Moteur : 5,6 Mn
Mouillages : 24
Visa restant : 315 jours

Dans un grand virage opportuniste à 180 degrés dont nous sommes coutumiers, nous changeons de direction, délaissant (temporairement) notre objectif initial, la Tasmanie. Le moment n’est pas propice : l’hiver bat son plein dans le grand Sud et les vents de secteur Sud sont omniprésents. Les locaux en profitent pour naviguer le Great Barrier Reef, remontant au Nord la côte jusqu’à Cairns. En octobre, les premiers vents de Nord déclenchent la migration inverse juste avant le début de la saison cyclonique qui affecte le Queensland de plein fouet.

Nous quittons Bundaberg le lendemain des formalités effectuées. Forts de deux pilotes côtiers offerts par Tony et Dorothy, nous nous lançons à l’aventure, cap au Nord. Nous allons naviguer dans la bande d’eau comprise entre la côte Est australienne (à bâbord) et le Great Barrier Reef (à tribord). D’abord large d’une centaine de milles, elle s’affine rapidement à quelques dizaines de milles puis à partir de Townsville à quelques milles seulement.

Cap au Nord

Cap au Nord

Premier stop, Round Hill Creek, une rivière qui abrite le village touristique de 1770 (Seventeen Seventy), un nom qui commémore la date à laquelle le capitaine Cook découvrit les lieux. Après une navigation laborieuse au louvoyage dans un vent anémique, l’entrée de nuit dans la rivière nous donne quelques sueurs froides. Les hauts-fonds ont semble-t-il bougé car malgré la pleine mer à peine passée, le bateau effleure le fond par deux fois. Nous persévérons avec le risque de nous échouer avec la marée descendante mais L’Envol parvient à franchir le banc de sable. Une fois callés dans le chenal, c’est plus profond et on rejoint la zone de mouillage sans difficulté bien qu’à contre-courant. Le lendemain, nous apprendrons que la barre d’entrée s’est déplacée et que les balises ont été bougées en conséquence.

On profite de cette escale pour réfléchir à une solution météo à bord. Au large, nous avons expérimenté les météofax, mais en navigation côtière, nous sommes la plupart du temps dans la couverture des opérateurs de téléphonie et l’accès aux fichiers grib redevient envisageable.

En Nouvelle-Calédonie, Mobilis, l’opérateur local, offrait la possibilité sur simple envoi d’un SMS, d’initier une connexion internet d’une heure pour 1€. En dehors de l’envoi de quelques SMS et de rares appels, nous ne nous servions pas du téléphone en vocal, le coût en recharge Pre-Paid était donc très raisonnable, moins de 10€/mois, une solution pour avoir la météo et les mails à bord vraiment intéressante ! Merci à Marc et Agnès, nos amis de Nouvelle-Calédonie, qui nous ont offert notre premier smartphone. Avec un peu de retard on découvre cet outil bien pratique.

Nous espérons pouvoir trouver quelque chose d’équivalent ici en Australie. Nous nous décidons pour une puce Telstra car cet opérateur couvre une grande partie du littoral australien. Mais pour l’instant, faute de temps, la puce reste dans sa boîte, le choix du Pre-Paid et sa mise en œuvre devront attendre la prochaine escale.

Nous poursuivons jusqu’à la ville de Gladstone, une navigation majoritairement sous spi dans une brise faible mais bien établie, de la pure plaisance. La barrière de corail contenant la houle, nous avons une tête de mât suffisamment stable pour conserver un spi bien gonflé permettant d’exploiter de très petit air inférieur à cinq nœuds tout en avançant à bonne allure. C’est si rare avec notre petit canot que les vagues impactent et déséquilibrent perpétuellement.

Pas bien !

Pas bien !

Arrivés de nuit, nous prenons place, un peu trop gaillardement, entre deux piles de mouillage dans l’Auckland Inlet. Le lendemain soir, nous découvrons une feuille scotchée dans l’annexe nous invitant à nous déclarer à la marina pourtant pas si proche, difficile de faire le lien ! Nous obtempérons le lendemain matin, le préposé, sans se départir de son sourire, nous prévient affablement qu’il a informé les customs, que nous sommes sous surveillance vidéo et finalement nous charge d’autorité 50$ (30€). Concomitamment, nous recevons un email des autorités (customs) qui relèvent l’incident de mouillage et nous interrogent sur notre modification de route. Une première et désagréable rencontre avec Big Brother, une présence impalpable que l’on sent peser sur nous depuis notre entrée en Australie. Notre voisin de piles qualifiera la gestion de cette marina de « sauvage » et nous révèlera qu’après une augmentation des prix, beaucoup l’ont quittée pour mouiller dans un coude de la Calliope River toute proche.

Suite à quoi nous levons le camp précipitamment car la marée est favorable pour enchaîner par The Narrows, un étroit cheminement d’une quinzaine de milles dans la mangrove entre le continent et l’île Curtis. Le passage clé assèche de plus de deux mètres ! Il faut donc le franchir au voisinage de l’étale de pleine mer. Des vents évanescents mais portants nous permettent de passer l’intégralité du passage sous voiles, d’abord sous spi seul puis sous voiles blanches (GV et génois). Des balises et quelques alignements permettent de rester dans la veine d’eau principale, L’Envol se régale de cette navigation en eaux plates, son faible tirant d’eau le prédispose à ce petit jeu, insolite pour un voilier la plupart du temps océanique.

Après une nuit paisible dans le déserté Maria Inlet, nous sommes de nouveau en mer ouverte, mais néanmoins coupés de l’Océan par la barrière de corail. Malgré tout, le clapot levé par un vent nerveux, parvient à nous rendre malades. Nous jetons l’ancre à Great Keppel Island à la mi-journée mais la fatigue nous cloue au bateau.

Leeke’s Beach à Great Keppel Island

Leeke’s Beach à Great Keppel Island

Le lendemain nous débarquons marcher sur l’île. Nous visitons la resort qui nous ouvre aimablement son wifi. L’occasion d’un point météo et mails gratuit et aussi d’avancer dans notre compréhension du paramétrage du smartphone.

A l’agence Telstra de Gladstone, nous avions abordé le sujet de l’offre mobile et choisi un Pre-Paid longue durée « Pay As You Go » où la data revient à 10c/MB. Pour 50$ nous avons une puce active 6 mois, le jeu consiste donc à faire durer ce crédit le plus longtemps possible. Nous sommes maintenant prêts pour un test « météo à bord » dans le prochain mouillage isolé où il n’y aura pas d’autres solutions que de passer par la 3G.

Au mouillage, nous faisons la connaissance de Ray et Sue du cata Purr-fik. Ils attirent notre attention sur les grandes marées qui règnent en maître sur les courants dans la prochaine partie de côte aux alentours de la ville de Mackay. D’autre part, ils nous informent de la présence d’un vaste exercice militaire interdisant l’accès à un (top) mouillage que justement nous envisagions, Island Head Creek. En cas d’infraction, les pénalités sont largement dissuasives, merci les amis, c’est encore passé pas loin ! L’information est disponible sur un site internet dédié aux « Notices to Mariners ».

Conséquence, la prochaine nav couvre une centaine de milles jusqu’à South Percy Island. Une journée puis une nuit s’écoulent avant de toucher notre objectif au matin. Nous y restons trois jours sans débarquer malmenés par une agressive poussée d’alizés, le mouillage balayé par des « bullets » de vent est traversé par un fort courant de marée, la houle qui fait le tour de l’île nous envoie d’un bord sur l’autre rendant le mât fou comme un métronome. A marée haute nous sommes au mouillage comme en navigation, il devient acrobatique de manger sans rien renverser. D’autre part, à plus de trente milles de la côte, le réseau ne nous parvient pas, toujours pas de météo à bord donc. Nous sommes heureux de quitter ces lieux inhospitaliers pour l’ile Curlew.

L’Envol en approche de l’ile Curlew

L’Envol en approche de l’ile Curlew

Enfin une navigation agréable et un mouillage calme. Nous retrouvons Purr-fik et son équipage. Repos et test. Nous sommes à moins de vingt milles de la côte et le signal 3G passe faiblement, suffisamment pour acquérir en quelques secondes un fichier Grib de taille réduite, coût quelques centimes à peine ! Génial, nous sommes autonomes sur un point important pour un coût raisonnable, l’option Iridium reste sur la touche. Le soir, nous sommes invités à manger à bord de Purr-fik.

Depuis un moment, la cambuse mériterait que l’on s’occupe d’elle mais les mouillages sur la côte sont exposés et excentrés de la route des îles. A moins de passer une nuit en marina, nous n’avons plus de possibilité d’avitaillement évident avant Airlie Beach, base de départ dans les îles Whitsunday mais située au Nord du groupe principal. Un dilemme entre le cook et le capitaine s’ouvre durablement : vaut-il mieux rallier directement Airlie pour s’avitailler ou bien profiter (chichement) des îles Whitsunday qui sont sur notre route ?

Laissant pour le moment cette question en suspens, nous continuons sur l’île Brampton. Une navigation de près de 60 milles, agréable et rapide (6 Nds de moyenne), synchronisée avec le soleil couchant, juste magnifique !

A ce jour cette île reste notre meilleure expérience de marche en Australie. La resort HS suite à un cyclone, le sentier abandonné et fermé au public mais encore praticable ont redonné la préséance à la faune et à la flore. Le tour de l’île est sauvage, les plantes ont recolonisé le sentier, elles s’agrippent aux chaussettes et bientôt c’est un amas végétal que nous trimballons autour de nos chevilles, comme autant de passagers clandestins. Nous traverserons le territoire de papillons en nuées, une expérience de la notion de multitude ; nous serons assaillis par des fourmis vertes dont l’habitat suspendu aux branches des arbres est fait de feuilles agglomérées ; nous verrons des brush turkey (dindes) qui sans vergogne installent sur le chemin leurs lieux de ponte, y édifiant de larges buttes de terre ; nous verrons nos premiers kangourous ; des perroquets multicolores et des paysages splendides qui rappellent la côte méditerranéenne. Un coup de cœur que les points de vue du sommet (211m) viennent couronner !

Nous poursuivons jusqu’à l’île Lindeman où probablement rendu hyperactif par la future carence en aliments, je boucle en courant le tour de l’île et son splendide point de vue. De retour, synchro avec la renverse, nous bougeons le bateau revenant sur nos pas à l’île Shaw. Un coup de vent doit passer et le mouillage le plus protégé du SE est à Burning Point.

Parfois la météo se fait agaçante, les événements devaient durer trois jours mais finalement c’est une semaine que nous passerons ici. L’Envol assujetti au courant qui s’invite dans le mouillage se fait coucher par les rafales de vent qui le touchent par son travers. Néanmoins le confort est bon et nous reconstituons nos réserves d’eau potable grâce aux pluies abondantes.

Nous faisons la connaissance de Barry et Jennifer du cata Vera Jean, ils nous invitent à manger indien, nous dépannent d’un peu d’avoine mais surtout nous confirment que la prochaine île, Hamilton Island, a un supermarché ! Avant de partir, profitant d’une accalmie, nous débarquons pour un trek improvisé par les crêtes.

Sitôt le coup de vent terminé, nous levons l’ancre pour l’île Hamilton. La marée à faveur, nous empruntons Dent Passage entre l’île du même nom et l’île visée puis contournant cette dernière par le Nord nous venons mouiller dans le coin Ouest de la baie Catseye. Ce mouillage non répertorié est très rouleur mais c’est le seul envisageable par SE (par petites conditions). Difficile de débarquer sur l’île Hamilton sans utiliser les services de la marina locale !

Cette île, la seule habitée au sein des îles Whitsunday est quelque peu défigurée par des tours érectées en arrière plan de la plage où nous sommes. Bravant le roulis extrême qui touche le bateau, nous débarquons sur la plage après une bonne session de rames. A notre grande surprise, le supermarché est un modèle du genre. Contrairement à ce que pouvait laisser penser le prix très élevé de la marina, la nourriture reste abordable dans ce lieu pourtant très prisé.

Un avitaillement de deux semaines dans le caddy – le temps de découvrir les îles Whitsunday – et nos gros sacs à dos sont déjà pleins. Avec la lessive faite, retour au bateau pour un transbordement délicat tant le roulis est fort. Puis on remet en route pour notre mouillage de nuit, la Whitehaven Beach sur l’île de Whitsunday. Une plage de sable ou plutôt une lagune de sable nous accueille au coucher du soleil pour une nuit des plus confortables.

Nous passons dans ces îles dix jours fantastiques : sur le plan de la navigation, apprendre à composer avec les courants (le jusant porte au Nord et le flot porte au Sud) et négocier les passages inter-îles, parfois étroits, est très prenants et instructifs, l’absence de houle et de vent météo avec la prédominance de la brise permettent de naviguer tout dessus la plupart du temps, les distances entre les îles sont courtes et les paysages sans cesse changeants, enfin les mouillages sont légions et bien protégés. Il est rare que L’Envol se sente si à l’aise, idéalement dimensionné, ici c’est le cas et cela nous rappelle tout le bonheur que l’on avait eu à naviguer dans les lagons protégés des îles Sous le Vent de la Société.

De la plaisance à terre aussi où nous déroulons les sentiers de ce parc national, Whitsunday Cairn, l’île Hayman, Whitsunday Peak (437m), South Molle Island…

Trek hors-sentier sur l’île Hook reliant Macona Inlet à Nara Inlet jusqu’à une grotte aborigène et son art rupestre

L’Envol à Bauer Bay (South Molle Island)

L’Envol à Bauer Bay (South Molle Island)

Il y aura bien un interlude de trois jours pour laisser passer un coup de moins bien, mais le mouillage de Cid Harbour se révèlera pour l’occasion, idéal de confort et de convivialité. On ne regrettera que les vestiges de complexes hôteliers (resorts) qui pourrissent dans le paysage en de trop nombreux endroits, bâtiments en ciment et tôles laissés à l’abandon suite à un impact majeur de cyclone.

A Long Island, Michael et Candy du bateau à moteur « Comes The Time » nous dépannent de 30 litres d’eau et nous donnent un livre de navigation sur ces îles Whitsunday.

Le 19 juillet, un peu plus d’un mois après notre arrivée à Bundaberg, nous mouillons devant la ville de Airlie Beach avec déjà 500 milles dans les pattes. Malgré ses accointances avec le monde du tourisme-busines, nous aimons l’endroit et ses commodités. Nous y passerons une semaine, avitaillant progressivement L’Envol avec un mois d’autonomie en nourriture. Bonne nouvelle, le remplissage de notre bouteille de gaz de Nouvelle-Zélande (9Kg) ne pose pas de problème, le standard de connexion est le même. En arrivant en Nouvelle-Calédonie nous l’avions mis de côté avec suffisamment de gaz pour rejoindre l’Australie, en remplacement nous avions acheté une bouteille locale (13Kg) rendue avant le départ. En parallèle, le travail d’écriture reprend afin de mettre à jour le site internet avec la réalité de notre progression.

Sortie de Gloucester Passage

Sortie de Gloucester Passage

La logistique faite, nous laissons Airlie Bay dans le sillage. Prochaine étape Queens Bay via le photogénique Gloucester Passage, une navigation majoritairement sous spi. Le temps de faire un petit trek et nous rentrons au bateau déjà drapé par un intense coucher de soleil. Départ à l’aube car une centaine de milles nous attendent jusqu’à Magnetic Island, une île située au Nord de Townsville, capitale non-officielle du Queensland Nord.

Cette navigation d’abord sous spi dans des conditions calmes devient nerveuses en fin de journée. Le passage du cap Bowling Green sous GV haute et génois sera truculent avec des surfs à 9 nœuds et même un ride d’enfer à 11 nœuds ! Les vagues maniables permettent au pilote de faire le job, bien qu’un déplacement intempestif dans les passavants sous le vent pour fixer le tangon initiera un départ au lof. Nous sommes légèrement sur-toilés et le bateau est très « weight sensitive ».

Depuis quatre jours, une infection mystérieuse prend possession de mon avant-bras. On a démarré les antibiotiques sans résultat, tenté d’ouvrir sans oser vraiment, il est grand temps de se rendre dans une clinique pour un peu de chirurgie. Magnetic Island se révélera l’endroit idéal pour ça. Nous choisissons la clinique privée car sans couverture sociale l’hôpital public est hors de prix.

Bonjour les dégâts !

Bonjour les dégâts !

Un docteur nous reçoit et nous dirige vers Sonia, infirmière d’origine autrichienne, qui ouvre et nettoie la plaie. Nous décidons de rester quelques jours le temps de cerner le problème.

Sonia aussi navigue, notre mode de vie lui parle, affectueusement elle nous prend sous son aile, minimise les coûts, nous donne quelques matériel pour faire face à un problème grave au large, nous apprend à drainer la plaie, refaire le bandage et bien plus encore, merci Sonia !

Cette île cosmopolite est dotée d’une énergie incroyable, tout sera à l’avenant, le mouillage de Horseshoe Bay, le stop, les rencontres, les chemins qui fourmillent d’animaux, koalas, échidnés, rock wallabies, parokeets, jusqu’aux blocs de granite disséminés partout dans l’île, défiant la pesanteur dans des empilements improbables.

Mon infection étant circonscrite et Carina rodée au changement du drain, nous attendons la fin du « strong wind warning » en cours (renforcement des alizés) pour continuer vers l’île de Hinchinbrook.

A suivre…








Engaged Like Button

Toutes nos traces GPS et waypoints d’escales en Australie sont visibles et téléchargeables à partir de cette carte interactive. Sur un fond d’images satellites, vous pouvez zoomer, vous déplacer et cliquer sur les traces et les escales de L’Envol pour obtenir plus d’information.

Publié le 4/08/2019 de Horseshoe Bay, Magnetic Island, Great Barrier Reef, Queensland, Australie, GPS 19 7.03 S 146 51.7 E

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>