Prélude au voyage

Nouméa, une escale technique

Cette longue escale en Nouvelle Calédonie aura permis de s’occuper de la caisse de bord ainsi que d’alléger et fiabiliser L’Envol en réduisant la liste des doléances du capitaine. Parce que le temps manque – du fait des raisons mentionnées plus loin – le bateau n’est toujours pas complètement conforme à mon idée d’un bateau bien préparé, mais petit à petit on y vient. Comme je fais tout moi-même, au temps de réalisation s’ajoute le temps d’apprentissage mais aussi le délai de réflexion, car la grosse bévue n’est jamais bien loin.

Dernière sérénade

Dernière sérénade

Profitant du site new-calédonien très populaire annonces.nc, L’Envol s’est allégé du piano électronique de Carina que nous trimbalions sans l’utiliser depuis Puerto Williams (Sud Chili, Patagonie), un déchirement et un soulagement ! Ensuite c’est mon aile de parapente solo qui a trouvé un nouveau pilote, son dernier vol remontait aux îles Canaries (Tenerife), il y a cinq ans. Quant au biplace, encore à bord, il est en sursis, pour l’instant je vois encore en lui un moyen de faire quelques sous si l’opportunité se présente. La dernière (et unique) fois qu’il a pris l’air remonte au baptême de Carina à Tahiti, il y a déjà deux ans et demi.

Pas cher !

Pas cher !

Concomitamment, pas moins de neuf bidons d’essence ont été vendus, reliquat de notre navigation assez largement motorisée dans la partie Sud des canaux de Patagonie. Enfin, le vieux hors-bord Tohatsu, acheté d’occasion en France et qui n’était plus fonctionnel a trouvé une seconde vie dans les mains d’un passionné, expert du refit de moteur d’annexe.

Avec quelques autres matériels débarqués, c’est environ 60 Kg de moins à bord de L’Envol et résultat des ventes, plus de 1’500 € qui rentrent dans la caisse de bord.

Côté fiabilisation, L’Envol a étrenné son nouveau génois et sa nouvelle GV en Dacron haute ténacité. Les lattes forcées (full-batten) ont été légèrement recoupées pour les adapter en longueur, les pontets qui maintiennent les bosses de ris sur la bôme on été repositionnés (la hauteur du troisième ris a été revue à la hausse) et le lazy-jack a été refait avec les nerfs de chute et de guindant en dyneema recyclés de nos ex-voiles. Brûlé par les rayons UV, l’ancien bout en polyester qui assurait cette fonction avait fini par marquer la GV ainsi que les anneaux en inox qui servaient de renvoi parce qu’ils tapaient sur la voile toujours au même endroit. Un peu de matelotage a permis de faire des boucles de renvoi épissées. La chute de la trinquette a été renforcée, elle aussi est malheureusement en voie de délamination, ses jours sont donc comptés.

Le câble électrique du clutch du pilote, sous les planchers de la cabine arrière bâbord, a été remplacé, le vérin n’embrayait plus. L’isolant endommagé, probablement durant son installation dans la gaine technique, a permis à l’oxydation de ronger le cuivre du positif jusqu’à le sectionner entièrement, ça a quand même pris cinq ans ! La perte inexpliquée de la donnée speedo (vitesse) sur les écrans Raymarine a enfin été résolue après deux ans et demi de questionnements, tests, démarches et dépenses inutiles, un petit miracle.

Rénovation complète du réseau d’eau potable, rinçage du réservoir – le chantier avait laissé les résidus plastique de perçage à l’intérieur – et changement des flexibles. Remplacement du carburateur du groupe Honda 1KW, l’absence de purge de l’essence résiduelle après utilisation et les rares moments de mise en service avaient fini par contaminer et souder le gicleur. Le groupe ne fonctionnait plus qu’avec le starter enclenché.

Réfection de la sellerie cuisine : découpe d’angle dans les anciennes housse du lit breton, collage du patch et activation de la colle avec les fonds chauds de la théière et de l’autocuiseur.

Changement des passes-coque du tableau arrière, soudure d’une nouvelle patte filetée au balcon avant, réfection des selleries du carré, etc…

Paillette de primaire en goguette

Paillette de primaire en goguette

Le plus gros morceau fut assurément de ré-encoller les plexis du roof. L’absence de protection du joint de colle polyuréthane (Sikaflex 295 UV) – pourtant requis par la société Sika dans leur mode opératoire, par exemple une peinture acrylique appliquée sur le pourtour extérieur des plexis – a permis aux rayons UV de sécher la mince couche de primaire qui permet au mastic d’adhérer aux plexis. Depuis plus d’un an, le primaire tombait en paillettes dans le carré et l’eau s’infiltrait. Au démontage, les panneaux sont venus à la main sans résistance. Pas glop de constater la présence d’osmose sur les zones de collage les plus massives, entre les deux panneaux et à l’avant ! Les joints distanceurs – une bande de mousse adhésive 10x5mm, bien pratique pour garantir l’épaisseur du joint de colle – se gorgent d’eau et l’humidité infiltre le gelcoat insidieusement…

L’étanchéité des plexis de roof constitue un des quelques points de faiblesse du Django 7.70, il faut dire que l’important coefficient de dilatation du vitrage organique (plastique), spécialement sous les tropiques, impose un process au top, ce qui prend du temps, une denrée dont les chantiers sont avares. Espérant moi aussi en gagner, j’ai cette fois opté pour un mastic silicone acétique (Soudal Silirub AQ), naturellement résistant aux UV, il ne nécessite pas de peinture externe, ni de primaires. Par contre le temps de séchage très court ne facilite pas la mise en œuvre, l’avenir dira si c’était un choix judicieux.

C’est la vie !

Depuis mon départ de France, plus de cinq années sont passées. Des années d’une densité incroyable, comment pouvais-je imaginer qu’il soit possible de faire rentrer autant de choses dans un temps si court ? C’est une découverte inattendue de la vie en bateau, il n’est pas possible de se poser, on devient nomade par nécessité, le mouvement est la solution à tout : à la durée limitée des visas alloués, aux saisons qui passent, aux créneaux météo à saisir, aux vents capricieux à éviter et aux vagues scélérates à devancer… L’avenir se fait sans cesse nouveau, changeant, meuble, incertain. Tant d’inconnues que l’étrave découvre et que la stratégie et l’adaptation tentent d’apprivoiser.

Dans ce contexte ou aucun milles acquis n’est le fruit du hasard, il faut aussi anticiper les contingences du quotidien :

Avitaillement en eau potable

Avitaillement en eau potable

  • L’eau potable, imaginez un robinet qui se tarisse après 50 litres débités, la capacité de notre réservoir principal ! Un bidon de 30 litres et quelques bouteilles le complètent, soit une centaine de litres à bord, environ deux à trois semaines d’autonomie ;
  • La douche (froide) dans les passavants du cockpit, une bouteille d’1½ litre par personne nous suffit. La recette d’un rinçage efficace, c’est de n’utiliser qu’un petit pois de shampoing et une noisette de gel douche. Cette eau dédiée est stockée dans un bidon d’essence recyclé de 30 litres ;
  • La lessive hebdomadaire – sans machine – à synchroniser absolument avec un point d’eau ou une pluie abondante (collectée par le panneau solaire) ;
  • Les courses – sans coffre ni voiture – parfois plus de 20 Kg dans le sac à dos, quelques kilomètres à pieds ou en stop puis à la rame avant le transbordement final ;
  • Le gaz pour la cuisine, à chaque pays son standard de connexion. Depuis la Polynésie française nous avons fait le choix d’adapter notre réseau à la bouteille locale, conséquence, nous perdons la consigne puisque la bonbonne sera changée dans un autre pays ;
  • L’accès à internet, à chaque escale citadine nous cherchons un wifi gratuit, souvent les bibliothèques municipales mettent des postes à disposition. Indispensable pour la météo, les aides à la navigation (guides nautiques, cartes), les mails et la mise à jour du site internet ;
  • L’entretien du bateau et les réparations, même s’ils sont minimisés sur un petit bateau, restent une crainte, spécialement quand il faut commander la pièce introuvable et se coltiner les douanes ;
  • La caisse de bord à renflouer dans le geste.
  • Enfin, si les étoiles veulent bien s’aligner : une bonne fenêtre météo, les formalités remplies, le plein d’eau, de nourriture, de gaz faits, des slips propres, le site internet à jour, un bateau en ordre de marche et un minimum d’argent pour voir venir, alors le temps de l’exploration et de la découverte est venu, une nouvelle terre, une autre façon d’être, une autre langue !

    Préliminaires pour l’Australie

    Avec la Nouvelle-Zélande, nous avions découvert la bureaucratie anglo-saxonne, c’est encore pire avec l’Australie. Notre visa d’un an a nécessité 19 pages de formulaires en ligne (en anglais of course) et 90 € par personne. Il a fallu traduire en anglais les papiers du bateau (Carina’s job), les faire certifier (merci à NSOE, l’école d’anglais ou Carina travaillait), établir un projet de navigation prévisionnelle, garantir notre budget sur la durée du visa et passer du temps à compulser des documents pour bien comprendre ce que l’on attendait de nous.

    Nous réalisons ainsi que les contrôles de biosécurité et du bois (pour les thermites) se payent par tranches de 15 minutes : 32 € le quart d’heure ! Vu le fatras des cabines arrières, ça peut vite chiffrer s’il faut démonter les planchers en contre-plaqué marine qui enferment les mousses d’insubmersibilité. J’espère que nous n’en arriverons pas là mais il faudra au moins faciliter l’accès aux coffres et déplacer pas mal de nos affaires dans le cockpit le temps de l’inspection.

    Comme en Nouvelle-Zélande, les australiens contrôlent, éventuellement par caméra, les coques mal carénées des bateaux susceptibles d’introduire des pestes. Nous en profitons pour refaire l’antifouling de L’Envol qui est déjà arrivé en fin de vie depuis son application aux Fidji, il y a un an et sept mois. Pour la première fois nous utilisons des rouleaux mohair, l’application est beaucoup plus agréable et régulière mais le rouleau charge moins de peinture et il nous faudra étaler cinq couches pour venir à bout des deux bidons de cinq litres d’antifouling achetés en promotion en Nouvelle-Zélande. Après cette semaine au sec, L’Envol est tout pimpant et la glisse est parfaite.

    L’année allouée par les douanes aux voiliers en transit en Nouvelle-Calédonie arrivant à son terme, nous sommes encore une fois contraints de précipiter les formalités de sortie alors qu’à l’extérieur du lagon une houle intense sursoit à tout mouvement de bateaux.

    Nous repoussons notre départ de trois jours, non sans avoir auparavant satisfait au « notice of impending arrival », un email récapitulatif à envoyer au minimum 96 heures avant l’arrivée. Port d’entrée visé en Australie : Brisbane.








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    Publié le 21/07/2019 de la ville de Airlie Beach, Queensland, Australie, GPS 20 16.07 S 148 43 E

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