Vers l’Afrique avec les GRIB

Saison cyclonique 2022-23

A l’heure où j’écris ces lignes, la saison des cyclones 2022-23 dans le Sud-Ouest de l’océan Indien est terminée, les phénomènes météo sont répertoriés et une abondante littérature est accessible sur internet à ce sujet.

Résumé de la saison cyclonique 2022-23 (source : Wikipédia)

Résumé de la saison cyclonique 2022-23 (source : Wikipédia)

La saison débute officiellement le 15 novembre et se termine le 30 avril. L’activité a démarré tôt en 2022, avec le développement des deux premiers systèmes (Ashley et Balita) en septembre et octobre, et s’est terminée tardivement avec Fabien en mai 2023. Fin décembre 2022, Darian (catégorie 4) est le premier cyclone de la saison.

Cette saison cyclonique a été l’une des plus meurtrières jamais enregistrée dans le Sud-Ouest de l’océan Indien, principalement à cause du cyclone Freddy, un catégorie 5 qui aura cumulé plusieurs records mondiaux.

Trajet du cyclone Freddy dans l’océan Indien (source : Wikipédia)

Trajet du cyclone Freddy dans l’océan Indien (source : Wikipédia)

Du 5 février au 14 mars 2023, le délétère cyclone Freddy prendra cinq semaines pour retracer notre sillage d’Indonésie à l’Afrique du Sud, un record mondial de longévité et un des seulement quatre systèmes ayant réussi à traverser entièrement l’océan Indien d’Est en Ouest.

Cette analyse à posteriori montre à quel point nous sommes vulnérables face aux forces en présence. Nous avons donc humblement fait en sorte que la seconde partie de notre traversée de l’océan Indien, de la Réunion dans les îles Mascareignes à Richards Bay en Afrique du Sud, se fasse à distance raisonnable du début de la saison dite officielle.

Doutes et incertitude

L’Indien en 23 météofax raconte la première partie de cette traversée de Bali en Indonésie à Rodrigues dans les îles Mascareignes, un trip intense de 23 jours dans des alizés musclés dont la stratégie météo était assurée par des météofax. Une simple radio HF réceptrice nous avait permis de les recevoir gratuitement.

Cette seconde partie est notoirement plus délicate : on quitte les vingtièmes pour approcher les trentièmes et entre le continent africain et Madagascar on ne peut plus compter sur une situation stable d’alizés. Ces masses de terre interagissent puissamment avec l’océan et d’une manière qui semble totalement aléatoire. Habituellement, la prévision météo est encore vérifiée à cinq jours d’échéance, mais dans ces parages, nous constatons qu’il suffit de 72 heures pour que les fichiers GRIB diffèrent notablement.

Le stress monte d’un cran car nous avons besoin d’optimiser notre timing de départ pour éviter les ennuis.

L’étape clé d’un tour du monde par les alizés

L’étape clé d’un tour du monde par les alizés

A 550 milles nautiques de la Réunion, dans le Sud de Madagascar, un plateau sous-marin de 200 milles de large nous coupe la route. Les fonds remontent alors de 5000 à moins de 2000 mètres. La côte Est de Madagascar fait office de déflecteur géant en concentrant, 80 milles dans le Sud de l’île, tout le courant charrié dans l’Indien par 4’000 milles nautiques d’alizés rarement en-deçà de 30 nœuds.

Un phénomène gratifiant si on dispose d’une bonne météo car la vitesse fond (GPS) du bateau sera facilement majorée de deux nœuds mais un piège si une dépression, rendue virulente par la présence de l’île, interpose frontalement ses vents de Sud-Ouest à ce courant de Nord-Est !

Le courant des Aiguilles le long de la côte africaine et les courants au Sud de Madagascar

Avec pas moins de quatre jours de navigation nécessaires pour atteindre cette zone de convergence, nous perdons la faculté d’optimiser son franchissement avec une météo fiable. Mais ce n’est pas tout. A une cinquantaine de milles de l’atterrissage en Afrique du Sud, après 10 à 12 jours de mer, il reste un dernier obstacle de taille : la traversée du courant des Aiguilles qui descend la côte africaine du Nord vers le Sud, une côte que les dépressions de Sud-Ouest viennent fréquemment lécher à rebrousse-poil du courant. Si cette situation se présente, il faudra savoir ralentir ou se mettre à la cape, le temps que le front passe et rouvre la voie du courant des Aiguilles.

C’est pourquoi, dans un tour du monde par les alizés, empruntant le canal de Panama, puis le détroit de Torres, au plus près de l’équateur, cette étape est considérée comme le passage le plus critique, un moment de vérité par lequel nous passons tous !

Météo à bord et fichiers GRIB

Compte tenu de cette prise de risque accrue et du fait que rien de ce côté de l’océan Indien ne vient prendre le relais de l’émetteur de Wiluna sur la côte Ouest d’Australie pour la diffusion des météofax, nous décidons de nous attacher les services d’une couverture satellite en payant 300€ un prepaid Iridium de 75 minutes valable 30 jours.

Notre combiné téléphone/modem Iridium 9555 supplante donc sur cette étape notre récepteur radio HF Sangean mis au chômage technique. Il nous permettra de faire des requêtes par email à ‹query@saildocs.com› et de recevoir en retour un fichier *.grb, dit fichier GRIB. Pour obtenir un rendu pédagogique et en couleur de la prévision météo, ce fichier est à ouvrir dans un logiciel de lecture spécifique. Nous utilisons zyGrib qui fait très bien le job et qui est gratuit. Le développement de ce logiciel se poursuit actuellement avec une nouvelle équipe de bénévoles mais le nom du lecteur a changé, il devient XyGrib.

Avec les fichiers GRIB, nous allons troquer la vue synoptique des phénomènes météo offerte par les météofax, c’est-à-dire la compréhension du contexte général qui est à l’origine de notre situation particulière, pour une connaissance très locale de la seule force et direction des vents. Nous pourrons par contre faire des requêtes sur les courants, à travers le modèle OSCAR, et éventuellement avoir un aperçu de la couverture nuageuse, des précipitations et de l’indice CAPE, un indice d’instabilité de la masse d’air qui renseigne de manière fiable sur le risque d’orage potentiel et de foudre.

Une trace faite de plusieurs segments

Une trace faite de plusieurs segments

Cliquer sur la carte pour ouvrir notre Google Maps sur la partie Ouest de l’océan Indien.

Jour 1
Extraction

> du 24 au 25 octobre
> 105 Mn en 24 heures
> 4,4 Nds de vitesse moyenne

Départ de l’île de la Réunion le matin du 24 octobre 2022 à 10:45 heure locale (UTC+4). Un fuseau sur lequel nous resterons durant toute la traversée afin de ne pas perturber l’enregistrement de la trace GPS du bateau dans OpenCPN, notre logiciel de navigation.

Tous les horaires de cet article sont aussi en heure locale de la Réunion (UTC+4) formatés sur 24 heures.

J1, 24/10 à 13:00 (UTC+4) – C’est parti pour négocier le dévent de l’île de la Réunion

J1, 24/10 à 13:00 (UTC+4) – C’est parti pour négocier le dévent de l’île de la Réunion

Comme vous pouvez le voir sur cette image météo issue d’un fichier GRIB pris par Wifi avant le départ, nous n’avons pas lésiné sur la surface de la prévision qui couvre l’intégralité de la traversée. La requête est du type :

send gfs:15S,40S,61E,18E/1,1/6,9,…,240/=
WIND,GUST,PRESS,CAPE,CLOUD,APCP,=
SWELL,SWDIR,SWPER,=
WVHGT,WVDIR,WVPER,=
HTSGW

Note : Cette requête est à copier/coller dans le corps d’un email formaté en texte brut, son objet est libre. Le destinataire du message est ‹query@saildocs.com›. Afin d’éviter que le programme de messagerie ne coupe une ligne de code trop longue avec un retour à la ligne impromptu, j’utilise le signe « = » pour insérer des sauts de ligne autorisés.

Avec une étendue de prévision recouvrant 26 degrés en latitude et 44 degrés en longitude, sur une grille de 1°x1°, soit 1’144 points de référence, et pour 72 dates (toutes les 3 heures pendant 10 jours), la requête couvre 13 paramètres : vent en force et direction, rafales, pression au niveau de la mer (isobares), indice CAPE, couverture nuageuse, cumul de précipitations, houle et vagues du vent (en hauteur, direction et période) et vagues significatives (hauteur combinée de la houle et des vagues du vent).

On obtient au total plus d’un million de données météo distinctes compressées dans un fichier GRIB dont la taille atteint 1,83 Mo !

Un luxe impossible avec un prepaid satellite où pour des raisons d’ouverture de connexion (moment où le satellite est visible) et de coût, il faudra se limiter à une requête d’une dizaine de kilo-octets seulement. C’est dire si, dans les prochains jours, la surface de la prévision va se réduire à une portion congrue d’océan !

Marche d’approche

A défaut de pouvoir anticiper la météo dans le Sud de Madagascar, nous avons optimisé notre départ de l’île de la Réunion et surtout de ses sommets culminant à plus de 3000 mètres en choisissant un alizé avec suffisamment de Nord dans son Est pour nous éviter un dévent interminable et potentiellement beaucoup de moteur.

J1, 24/10 à 17:30 (UTC+4) – Génois et gennaker en papillon

J1, 24/10 à 17:30 (UTC+4) – Génois et gennaker en papillon

Notre extraction se passe bien, sous voiles et sans difficulté particulière, mais les conditions sont molles et il nous faudra quand même un jour et demi et parcourir 150 milles nautiques avant de sortir des courants contraires et rencontrer des vents plus frais nous permettant de tenir les 5-6 nœuds de vitesse moyenne.

Douche de cockpit

Douche de cockpit

Pendant ce prolégomènes un peu laborieux, génois et gennaker sont gréés en papillon, exploitant au vent arrière les alizés de Nord-Est générés par le secteur Nord-Ouest d’un vaste anticyclone centré dans les trentièmes sous l’île Rodrigues.

Jour 2
Conjectures

> du 25 au 26 octobre
> 114 Mn en 24 heures
> 4,75 Nds de vitesse moyenne

Dans la nuit, le vent passe à deux chiffres, 13-17 nœuds nous ramènent en configuration classique, génois et grand-voile en ciseaux. Les conditions sont bonnes et on commence à bien avancer.

De l’analyse de notre fichier GRIB de départ, il apparaît que notre passage sous Madagascar devrait coïncider avec un changement d’anticyclone, notre actuel devant céder la place au suivant – une haute pression dont le centre est actuellement situé sous l’Afrique du Sud.

Concrètement, cela signifie que nous allons expérimenter une bascule franche du vent, passant de Nord à Sud-Ouest sans autre transition que quelques heures de pétole dans l’intervalle. Ensuite, dans son déplacement vers l’Est, les vents de ce second anticyclone entameront une rotation rapide vers le Sud puis le Sud-Est jusqu’au Nord-Est, notre situation de départ.

En conséquence, ces vents certainement forts mais éphémères en direction ne devraient pas brosser le courant durant trop longtemps, et à priori, nous n’aurons pas encore pris pied sur le plateau sous-marin au Sud de Madagascar quand cela interviendra. Une estimation qu’il faudra préciser avec la prise d’un GRIB plus récent. En tout état de cause, à notre rythme actuel, nous serons fixés sur notre sort dans deux jours de navigation.

Jour 3
Sous tension

> du 26 au 27 octobre
> 133 Mn en 24 heures
> 5,55 Nds de vitesse moyenne

J3, 26/10 à 16:00 (UTC+4) – Sous gennaker et GV arisée (1 ris)

J3, 26/10 à 16:00 (UTC+4) – Sous gennaker et GV arisée (1 ris)

Un peu plus tard, avec le génois en complément

Un peu plus tard, avec le génois en complément

Durant la journée du 26 octobre, c’est le retour du gennaker tribord amure à toutes les sauces : épaulé ou non par la GV, complété ou non par le génois. Tout comme la veille, le vent reprend de la vigueur pendant la nuit et la grande voile rouge devra être enroulée au profit des voiles blanches seules.

J3, 27/10 à 10:00 (UTC+4) – Dépression en formation !

J3, 27/10 à 10:00 (UTC+4) – Dépression en formation !

La cellule de basses pressions dédoublée, visible au centre de cette image, se dirige tout comme nous vers le Sud de Madagascar. Nous la suivons de près car il ne faudrait pas qu’elle se creuse de trop et que nous nous rencontrions malencontreusement dans la zone de courant. Ses vents de Sud-Ouest persistants auraient tôt fait de soulever durablement une mer affreuse et casse-bateau.

La prévision du fichier GRIB est néanmoins rassurante à son sujet, car elle est sensée s’affaiblir dans son déplacement vers l’Est et disparaître sans nous affecter.

Jour 4
Confrontation imminente

> du 27 au 28 octobre
> 149 Mn en 24 heures
> 6,2 Nds de vitesse moyenne

L’alizé de Nord-Est tient toute la journée et forcît même d’un cran pendant la nuit à 22 nœuds. L’Envol file à 6, parfois 7 nœuds.

J4, 27/10 à 15:30 (UTC+4) – Installation du tourmentin de conserve avec le gennaker !

J4, 27/10 à 15:30 (UTC+4) – Installation du tourmentin de conserve avec le gennaker !

Quatre jours de navigation et nous voilà enfin tout proche de la lisière du plateau au Sud de Madagascar, plus qu’une petite trentaine de milles à couvrir. Très bientôt, nous entrerons dans le vif du sujet, le stress de l’attente et la préparation vont enfin pouvoir être transformés en actions, une excellente chose pour le moral.

Autre bonne nouvelle, la dépression en formation est entrain de mourir absorbée par notre anticyclone, ce n’est plus un sujet d’inquiétude.

Par contre, la transition d’un anticyclone à l’autre prend du retard et il est maintenant évident que nous allons devoir la vivre sur les « hauts-fonds » du plateau en cours de nuit prochaine. Toute notre attention est donc portée sur le choix de l’endroit de la confrontation et pour cela la carte des courants obtenue par email grâce au modèle OSCAR est déterminante : nous visons une zone de légers contre-courants à une cinquantaine de milles à l’Est de la veine de courant principale.

Une distance qui devrait laisser assez de temps aux vents pour mettre de l’Est dans leur Sud avant que le courant de Nord-Est nous embarque.

Sous Madagascar

Jours 5 et 6
Action !

> du 28 au 29 octobre
> 119 Mn en 24 heures
> 4,95 Nds de vitesse moyenne

> du 29 au 30 octobre
> 168 Mn en 24 heures
> 7 Nds de vitesse moyenne

Les bonnes conditions de vent se maintiennent toute la journée jusqu’à 18:00 puis le vent baisse progressivement pour disparaître à 22:00.

J5, 28/10 à 13:00 (UTC+4) – En fait, ce jour là on touchera du vent jusqu’à 22:00

J5, 28/10 à 13:00 (UTC+4) – En fait, ce jour là on touchera du vent jusqu’à 22:00

Cette image météo montre le moment théorique du début de l’entre-deux sans vent (13:00). Elle est issue du fichier GRIB pris avant le départ, soit une prévision à presque cinq jours qui commence à dater sérieusement.

Le GRIB ci-après n’a, par contre, qu’une dizaine d’heures comme l’indique la date de création de la prévision inscrite en bas à gauche de l’image (Ref NOAA-GFS: Ven 28-10-2022 16:00 UTC+4). Sa taille n’a plus rien à voir, la requête soumise à un régime draconien devient :

send gfs:23S,29S,50E,44E/2,2/6,9,…,48/=
WIND,PRESS,CAPE

Avec une étendue de prévision couvrant seulement 7 degrés en latitude et en longitude, sur une grille de 2°x2°, soit 16 points de référence, et pour 15 dates (toutes les 3 heures pendant 2 jours), la requête couvre 3 paramètres : vent en force et direction, pression au niveau de la mer (isobares) et indice CAPE.

On obtient au total moins de mille données météo distinctes compressées dans un fichier GRIB dont la taille est maintenant limitée à 6’004 octets !

Si la connexion au satellite est bonne, sa réception ne consommera qu’1 à 2 minutes de notre prepaid de 75 minutes. La fenêtre obtenue sur la météo est certes réduite mais amplement suffisante pour se forger une idée précise qui permettra de prendre les décisions opportunes.

J5, 29/10 à 01:00 (UTC+4) – Avec 9h de décalage, le vent finit par tomber

J5, 29/10 à 01:00 (UTC+4) – Avec 9h de décalage, le vent finit par tomber

Les traces GPS du bateau des jours 5 et 6 et leurs formes respectives révèlent notre stratégie pour gérer la bascule puis la rotation des vents dans la transition d’un anticyclone à l’autre.

Le jour 5 est à l’anticipation et la résistance : 8 milles de moteur dans les calmes puis du près dans 15 nœuds encore maniables infléchissent la trace au Sud afin d’améliorer notre position au vent de la renverse ; le jour 6 est à la fuite et la patience : d’abord en abattant dans les vents les plus pointus et les plus forts (32 Nds) puis en revenant progressivement pour accompagner les vents dans leur rotation vers l’Est, c’est pourquoi la trace décrit une parabole.

J6, 29/10 à 13:00 (UTC+4) – Une vue générale mais un peu périmée de notre second anticyclone

J6, 29/10 à 13:00 (UTC+4) – Une vue générale mais un peu périmée de notre second anticyclone

Ce jour 6, nous rentrons dans la veine de courant principale et nous avalons 168 milles nautiques en 24 heures à la vitesse moyenne de 7 nœuds, notre meilleure performance sur cette traversée.

Au final, ce passage tant redouté du plateau au Sud de Madagascar s’est bien passé, avec des vents moins forts que prévu, une mer tonique mais pas dangereuse, ni orage ni foudre à déplorer et peu de pluie. Une promenade de santé en comparaison des jours 15 et 16 de la première partie de notre traversée de l’océan Indien.

Troisième anticyclone

Jours 7 et 8
Contrastes

> du 30 au 31 octobre
> 153 Mn en 24 heures
> 6,4 Nds de vitesse moyenne

> du 31 octobre au 1er novembre
> 132 Mn en 24 heures
> 5,5 Nds de vitesse moyenne

Le jour 7, alors que le vent a pourtant terminé sa rotation au Nord-Est et qu’il a faibli, on peut voir dans la série de cinq images GRIB ci-dessous que la trace du bateau s’infléchit toujours au Sud de la route directe, pourquoi ? D’abord pour rester le plus longtemps possible dans le flux de courant ensuite pour anticiper et absorber, selon la même stratégie, une seconde transition d’anticyclone.

J8, 31/10 à 16:00 (UTC+4) – En fait, ce jour là le vent tombe dès 8:00 avec 8 heures d’avance

J8, 31/10 à 16:00 (UTC+4) – En fait, ce jour là le vent tombe dès 8:00 avec 8 heures d’avance

Ce vieux GRIB, créé le 24/10 à 4:00, est encore assez fiable à 7 jours et demi de prévision. La suite, par contre, jusqu’au jour 10, dernier jour de la prévision, est faux. Le modèle diffère alors complètement de la réalité : l’anticyclone n°3 tel que prévu devait se désorganiser rapidement, laisser la place à un marais barométrique (pas de vent) et en fin de période une énorme dépression venait occuper tout l’espace disponible. Par chance, il en a été tout autrement !

A la fin du jour 7 et dans le début du jour 8, le passage du second front nous affecte. On rencontre des calmes durant 7 heures dans lesquels on arrive quand même à progresser de 13 milles vers l’Ouest au près serré sous gennaker grâce à une mer plate et un courant d’Ouest résiduel. Puis la renverse arrive et on repart sur une nouvelle rotation de vent du Sud-Ouest vers le Nord-Est en passant par l’Est – les conditions de navigation rencontrées quand un anticyclone passe à notre Sud, ce dernier tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre dans l’hémisphère Sud. C’est donc parti pour une seconde trace en forme de parabole.

J7, 31/10 à 10:00 (UTC+4) – 270 milles à notre Ouest, c’est la tempête dans le courant des Aiguilles

J7, 31/10 à 10:00 (UTC+4) – 270 milles à notre Ouest, c’est la tempête dans le courant des Aiguilles

L’image météo précédente montre typiquement la situation d’atterrissage à éviter absolument : une tempête de Sud-Ouest dans le courant des Aiguilles sur 170 milles de large. Les dernières 30 heures de navigation doivent être verrouillées sur une météo fiable prévoyant des vents de Nord anticycloniques qui ne contrarieront pas le flux de courant, c’est un impératif vital. A défaut, il faudra ralentir ou se mettre en attente (à la cape) à 200 milles de la côte africaine le temps que la situation évolue favorablement.

En atterrissant le 31/10 vers midi, François et Bernard sur Zulu, des régatiers d’expérience sur un JPK38 bien préparé, ont pris de plein fouet ce front de Sud-Ouest lors de leur traversée du courant des Aiguilles.

La veille à 18:50, nous recevions ce message :

30 nœuds établis en ce moment et on va passer un front vers 22 h… Une sorte de sud s’installe derrière mais ça devrait le faire… Assez stressante cette étape !

Et l’épilogue, le 1/11 à 13:00, suite à leur atterrissage (réussi) à Richards Bay :

Notre arrivée a été épique ! On a traversé un front avec fort vent… Quelques heures au près à 65 nœuds. Puis on est arrivé dans la marmite du courant des Aiguilles au près serré avec une moyenne de 40 nœuds ! Bon, on n’a pas manqué d’occupation ! Ça passe mais le bateau était au combat !

François, voilier Zulu

Au même moment, nous étions dans la transition d’un anticyclone à l’autre et nous « luttions » dans les calmes, quel contraste pour une même portion d’Océan !

Atterrissage

Jours 9, 10 et 11
Dénouement

> du 1er au 2 novembre
> 142 Mn en 24 heures
> 5,9 Nds de vitesse moyenne

> du 2 au 3 novembre
> 128 Mn en 24 heures
> 5,3 Nds de vitesse moyenne

> le 3 novembre
> 70 Mn en 12 heures 30
> 5,6 Nds de vitesse moyenne

Pétrel géant antarctique, jusqu’à 2 mètres d’envergure !

Pétrel géant antarctique, jusqu’à 2 mètres d’envergure !

La prévision météo du fichier GRIB nous alerte sur un renforcement des vents du quart Nord-Ouest de notre troisième anticyclone qui coïncidera avec notre atterrissage sur Richards Bay, estimé dans la nuit du jeudi 3 au vendredi 4 novembre.

Nous décidons de synchroniser notre arrivée avec la fin du plus gros du coup de vent qui interviendra vers 22:00 le jeudi soir, nous voulons éviter d’avoir à manœuvrer dans le port avec des vents forts et c’est pourquoi nous gardons de l’eau à courir jusque là.

Encore une fois, notre stratégie va consister à positionner L’Envol au vent des difficultés en visant le cap Sainte Lucia, 20 milles au Nord de la ville de Richards Bay. Un détour de quelques milles sur un cap plein Ouest. Tribord amure, nous allons serrer les vents de Nord-Est refusant du largue au travers et à l’éclatement de la bulle vers 16:00 nous abattrons au grand largue sur notre objectif.

Nous allons donc aborder Richards Bay par le Nord, avec des vents de Nord, dans le courant des Aiguilles de Nord, tous les voyants sont au vert pour un final au sprint !

J11, 3/11 à 20:00 (UTC+4) – La côte africaine se dessine dans le soleil couchant

J11, 3/11 à 20:00 (UTC+4) – La côte africaine se dessine dans le soleil couchant

Nous sommes à 22:00 devant l’entrée du port, et comme prévu le vent est retombé.

A 23:30 UTC+4 soit 21:30 heure locale (UTC+2), le jeudi 3 novembre 2022, nous sommes amarrés au quai de quarantaine du bassin Tuzi Gazi à Richards Bay. Nous voilà en Afrique du Sud et notre traversée de l’océan Indien, le plus critique des océans, est achevée !

L’Envol dans l’océan Indien

L’Envol dans l’océan Indien

Sur cette partie Ouest de l’océan Indien, on aura couvert 1’413 milles nautiques en 10 jours et demi à la vitesse moyenne de 5,6 nœuds, deux fuseaux horaires de franchis. François et Bernard sur Zulu, partis 48 heures plus tôt de la Réunion, ont couvert cette même distance en 9 jours à 6,5 nœuds de moyenne !

Notre position 400 milles nautiques derrière eux, largement décalée dans le temps, nous a donné de vivre le déroulement de la météo d’une façon très différente.

Elle nous aura épargné : un vaste grain à une trentaine d’heures du départ générant 7 heures de près, une extensive pétole dans les courants sous Madagascar, un orage avec de la foudre qui occasionnera la perte de leur GPS NKE mais le plus fou reste leur atterrissage aux forceps dans le courant des Aiguilles, avec un front de Sud-Ouest produisant 40 nœuds au près serré, on n’a clairement pas vécu le même trip !

En conclusion, on peut maintenant dire que cette traversée de la Réunion à Richards Bay s’est bien passée et n’a pas justifié sa mythologie et le stress intense que j’ai ressenti les premiers jours de navigation. Après le troisième jour, j’ai commencé à être plus serein car j’ai pu me faire une image mentale rassurante avec les informations dont je disposais (météo à bord, compte-rendus d’autres voileux) concernant le déroulement des événements lors du passage des fronts qu’on allait prendre, notamment dans le Sud de Madagascar où les courants sont forts.

La réalité a collé à cette image, pas d’orages, pas de foudre, juste un peu de pluie, avec au total une douzaine d’heures de calmes, au maximum guère plus de 30 nœuds et jamais au près, des vagues et une mer décentes bien que parfois inconfortables.

L’Envol au quai de quarantaine de Richards Bay, Carina assignée à résidence !

L’Envol au quai de quarantaine de Richards Bay, Carina assignée à résidence !

Les problèmes sont venus par surprise, on n’avait pas réalisé que le passeport estonien de Carina nécessitait un visa, le mien non, la France et l’Estonie font pourtant toutes les deux partie de l’Union européenne.

L’immigration ne transige pas, Carina est interdite de séjour et doit rester confinée sur le bateau jusqu’à notre départ d’Afrique du Sud !

A suivre…

L’océan Indien en chiffres

De l’île Bali en Indonésie à Richards Bay en Afrique du Sud
via les îles Mascareignes : Rodrigues, Maurice et la Réunion
du 3/09 au 3/11/2022, 62 jours d’escales et de navigations
5’024 Mn dont 11,1 Mn au moteur
882 heures de navigation réparties sur 41 jours navigués dont 35 nuits en mer
soit 66% du temps passé en navigation et 34% à l’escale
3 îles, 6 mouillages
99,8% à la voile
vitesse moyenne : 5,7 Nds








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La trace GPS du bateau et nos waypoints d’escales dans l’océan Indien ainsi que les traces GPS de nos treks sur l’île Maurice et sur l’île de la Réunion sont visibles et téléchargeables gratuitement à partir de cette carte du voyage interactive. Sur un fond d’images satellites, vous pouvez zoomer, vous déplacer et cliquer sur les traces et les escales de L’Envol pour obtenir plus d’information.

Article prêt à publier le 13/12/2023. Ecrit et documenté depuis L’Envol, rio Paraiba, village de Jacaré, proche villes de Cabedelo et de Joao Pessoa, Brésil, GPS 7 2.2 S 34 51.46 W

Envie de nous donner un coup de main ? Visites la page de financement participatif de L’Envol : www.intothewind.fr/crowd-funding/

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